Les orages demeurent des phénomènes météorologiques complexes à prévoir, malgré les progrès technologiques. Yohan Laurito, fondateur du réseau Météo Varoise et expert météo pour le Service départemental d'incendie et de secours du Var (Sdis 83), explique leur fonctionnement, leur répartition géographique dans le Var, les défis de leur prévision, leur lien avec les incendies et l'évolution de leur intensité.
Le mécanisme de formation des orages et l'influence du relief
Un orage se forme lorsqu'un mouvement d'air chaud et humide, proche du sol, rencontre une masse d'air plus fraîche en altitude. Ce conflit de masses d'air crée une instabilité qui aboutit à la formation d'un cumulonimbus, le « roi des nuages », et à une activité électrique. En été, la Méditerranée agit comme un « stabilisateur » car son eau est généralement plus fraîche que les masses d'air continentales surchauffées. Ce phénomène, appelé subsidence, favorise les brises marines chargées d'humidité qui, en rencontrant les reliefs, s'élèvent comme sur un tremplin (soulèvement orographique). Ces brises rencontrent ensuite l'air plus frais en altitude, entraînant la création de cumulonimbus et d'orages.
Dans le Var, les orages se développent ainsi davantage dans le haut Var que sur le littoral. Les brises marines remontent jusqu'au relief, qui agit comme un tremplin, et favorisent les conflits de masses d'air. Ce mécanisme explique pourquoi les orages sont plus fréquents à l'intérieur des terres qu'en bord de mer.
La prévision des orages : entre progrès et limites
Prévoir un orage reste difficile, même si des progrès notables ont été réalisés. On parvient aujourd'hui à identifier les zones où ils sont les plus susceptibles de se produire, mais les modèles météorologiques évoluent moins vite que le climat. Il arrive que ces modèles sous-estiment la situation, notamment en mer. On doit alors recourir à des prévisions immédiates, appelées « nowcast », avec des prévisions à une ou deux heures. Un orage puissant, comme un feu de forêt avec un pyrocumulus, peut générer ses propres flux de vents et dévier de sa trajectoire initiale.
Yohan Laurito souligne qu'« avec les orages, il y aura toujours une part d'inconnu. Aucune équation ne pourra définir avec précision une masse d'air. Du fait de son instabilité, on aura toujours des comportements déviants. » L'intelligence artificielle (IA) peut apporter des solutions, mais les modèles ne sont pas infaillibles. On a besoin de l'homme pour des observations en temps réel. Le développement du réseau de stations météorologiques européen permet d'injecter davantage de données dans ces modèles. De plus, la population est de plus en plus acculturée aux phénomènes météo, et chacun peut photographier un orage avec un smartphone, ce qui permet d'accumuler des données. On apprend toujours de ce que l'on observe et documente sur le terrain, mais on ne parviendra probablement jamais à prévoir un orage avec certitude.
Fréquence et intensité des orages : un paradoxe climatique
Contrairement à une idée reçue, il n'y a pas plus d'orages aujourd'hui qu'au début du siècle, dans le Var comme dans toute l'Europe de l'Ouest. On en compte même probablement moins, en raison de davantage de bulles anticycloniques et de canicules, avec un air plus sec et moins de conflits de masses d'air. En revanche, toute intrusion d'une masse d'air fraîche au-dessus d'une masse surchauffée et caniculaire peut déclencher des orages d'une intensité extrêmement puissante : grêle de gros calibre, rafales de plus en plus violentes, tornades et des situations de « flash flood », c'est-à-dire des précipitations intenses, même hors saison automnale. Les orages ne sont donc pas forcément plus fréquents, mais ils sont plus intenses.
Orages et feux de forêt : un équilibre fragile
Lorsqu'un orage se déclenche au-dessus d'un feu de forêt, la pluie est souvent bienvenue, mais le risque de foudroiement sec ne peut être écarté. Yohan Laurito, pompier volontaire, raconte sa présence sur l'incendie du Gros Bessillon, déclenché par la foudre à Rians le 12 août dernier : « On était ravis de voir la pluie tomber… Dans un premier temps, on voit l'arrivée d'un orage comme un apport d'humidité. Mais on ne peut pas non plus écarter le risque de foudroiement sec, en marge de précipitations. Or, dans le contexte de sécheresse actuel, un feu peut vite partir… »
Ce risque est moindre comparé au bénéfice de la pluie, mais c'est un équilibre fragile. Dans le Var, Yohan Laurito n'a pas observé d'impact de foudre à l'origine de feux très importants, en dehors de celui de Pontevès, l'été dernier, qui avait ravagé 130 hectares, et de celui de Ginasservis, déclaré le 14 août dernier, avec 30 hectares brûlés.
Les orages gardent une part de mystère
Grâce aux outils d'analyse actuels, on connaît en grande partie le fonctionnement des orages, mais il y a toujours une part de mystère, notamment avec le dérèglement climatique qui entraîne des comportements changeants. Il y a environ cinq ans, on a découvert le principe de « Lightning jump » dans les cellules orageuses : un bond de l'activité électrique en quelques minutes, qui se traduit par un fort courant ascendant et une zone d'alimentation puissante, souvent suivi par la formation de gros grêlons. On connaît beaucoup de choses sur la création et le parcours de vie d'un orage, mais on continue de les étudier et de faire des découvertes, comme le souligne Yohan Laurito : « les modèles météorologiques évoluent moins vite que... le climat ».



