Nathalie de Noblet : « Pour un enfant de 10 ans, cet été sera parmi les plus frais de sa vie »
Nathalie de Noblet : un été frais pour un enfant de 10 ans

Alors que la France subit sa troisième période de canicule depuis fin mai 2026, la chercheuse Nathalie de Noblet, auteure principale du Giec, était de passage à Marseille début juillet. Elle s'exprime sur les vulnérabilités face au changement climatique et les faux débats qui entourent l'adaptation.

Des canicules qui deviendront la norme

Nathalie de Noblet, bioclimatologue au Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (LSCE, CNRS/Université Paris-Saclay), est sans équivoque : « La météo que nous avons vécue au mois de juin est une météo qui va devenir normale en 2050. Elle sera même fraîche en 2100. » Elle ajoute : « Pour un enfant d’à peine 10 ans, cet été sera probablement parmi les plus frais du reste de sa vie. »

La part du changement climatique dans cet épisode a été démontrée par une étude du groupe World Weather Attribution publiée le 26 juin 2026. Sur 854 villes européennes analysées, 45 % ont battu un record historique de stress thermique. Ces températures auraient été « quasiment impossibles » sans le réchauffement climatique, selon l'étude.

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La climatisation, un faux débat

Interrogée sur le débat public autour de la climatisation, Nathalie de Noblet est claire : « La climatisation, c’est un faux débat. Bien sûr qu’il faut climatiser certains lieux, comme les Ehpad, pour les personnes âgées. Mais il ne faut sûrement pas faire un grand plan pour ça. » Elle explique que la climatisation « empêche de penser le long terme » et « doit rester un pansement », pas une solution d'adaptation durable.

Selon elle, la climatisation aggrave le problème initial : « Non seulement elle est consommatrice d’énergie, donc elle va aggraver le problème initial, mais en plus, elle rejette de la chaleur à l’extérieur. » Elle s'interroge : « Va-t-on climatiser les pompiers ? Va-t-on climatiser les gens qui s’occupent de la voirie ? Ceux qui emmènent leur enfant à pied à l’école ? Si la température dans la rue passe de 40 à 42 °C, ils seront encore plus en souffrance. »

Le rôle de l'État et la taxation des forages

Nathalie de Noblet attend des pouvoirs publics qu'ils réglementent : « L’État ne peut pas tout, l’argent n’est pas infini, mais l’État peut réglementer. Pourquoi est-ce qu’on autorise encore les grands pétroliers français à faire de nouveaux forages ? On sait que si on va au bout de l’exploitation des puits actuels, on dépasse largement les +2 °C. L’État peut dire : “Vous forez, je vous taxe.” »

Elle évoque l'argent de Total : « Si une petite partie était consacrée à l’adaptation, déjà on serait beaucoup mieux. Pourquoi il n’y a pas une législation là-dessus, c’est une vraie question. »

Des services climatiques insuffisamment mobilisés

La chercheuse regrette que les services climatiques soient sous-utilisés : « On est à un moment où les services climatiques sont insuffisamment mobilisés. Je parle du fait de se baser sur les données climatiques pour anticiper les conséquences locales et décider de stratégies d’adaptation. » Elle cite le projet Climsnow, qui fournit aux stations de montagne une cartographie du nombre de jours par an où l'enneigement peut être fiable.

Co-fondatrice du Grec francilien (Groupe régional d'experts sur le climat), Nathalie de Noblet explique que la ville de Paris leur a demandé si 50 °C à Paris était possible. « Avec les climatologues de l'IPSL, on a examiné 1 000 trajectoires futures de changement climatique. Et on en a trouvé 100 pour lesquelles Paris dépassait 50 °C. On a déterminé qu'au-delà de 2 °C de réchauffement dans le monde, cela devenait un événement extrême mais possible, à peu près vers 2050. »

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