Dans son huitième rapport publié ce 9 juillet 2026, le Haut Conseil pour le Climat (HCC) sonne l'alerte : il est « urgent » de « changer d'échelle » face au réchauffement climatique. L'organisme indépendant estime que les politiques climatiques françaises restent « insuffisantes », tant sur la décarbonation que sur l'adaptation.
Des progrès insuffisants depuis l'accord de Paris
Une décennie après l'accord de Paris de 2015, visant à contenir le réchauffement planétaire sous 2 °C et si possible sous 1,5 °C, de « premiers progrès » ont été réalisés en France avec un « infléchissement » des émissions de gaz à effet de serre. « Mais cela est tout à fait insuffisant », a estimé Jean-François Soussana, le président du HCC. « La probabilité de contenir le réchauffement sous 2 °C demeure encore faible ». Elle reste « possible (...) mais il faut des efforts très rapides et majeurs », a-t-il ajouté.
En 2025, les émissions françaises de gaz à effet de serre ont baissé de 2,1 %. « Le rythme doit s'accélérer. Il va devoir au moins doubler ces prochaines années, donc atteindre en moyenne plus de 4 % par an en 2026, 2027 et 2028 », a jugé Diane Strauss, membre du HCC. Au premier trimestre 2026, les émissions ont baissé de 4,8 %.
Une adaptation trop faible face à un climat qui change vite
« Nous entrons dans une plage dangereuse. (...) Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, nos écosystèmes et la gestion de nos activités économiques et pratiques socioculturelles se sont développés ou ont été dimensionnés dans un climat qui n'existe plus », a souligné Valérie Masson-Delmotte, l'une des experts indépendants du HCC, lors d'un point presse mardi. Climatologue et ancienne rédactrice du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec), elle a également souligné le « décalage entre les efforts d'adaptation mis en œuvre concrètement et la forte augmentation des besoins d'adaptation dans un climat qui change vite », illustré par les canicules récentes.
« L'adaptation actuelle privilégie des réponses incrémentales, technologiques, qui traitent certains impacts tout en aggravant ou reportant les risques sur d'autres acteurs, ce qui présente un risque récurrent, systémique, de maladaptation », a-t-elle expliqué, citant les exemples des retenues d'eau et de la climatisation. La France est en train de vivre sa troisième vague de chaleur de 2026, avec des températures dépassant les 40 °C et de violents incendies dans le sud du pays.
Des plans climatiques sans financements à la hauteur
« La France doit prendre ses responsabilités (...) en sortant des énergies fossiles et en ne contribuant plus au réchauffement climatique d'ici à 2050 ». Or « la seule poursuite des politiques climatiques actuelles ne permettra pas de répondre à ces enjeux », estime Jean-François Soussana. La France s'est dotée depuis 2025 d'une stratégie énergie climat (SFEC), articulée autour du troisième Plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC-3), la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et le projet de Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Mais ces plans ne « sont pas adossés à des financements à la hauteur des besoins », estime le HCC, qui déplore « un affaiblissement des politiques climatiques », notamment sur l'eau avec le projet de loi d'urgence agricole ou l'artificialisation des sols. « Ces affaiblissements et ces reculs sont des alertes sérieuses », juge Sophie Dubuisson-Quellier, membre du HCC et directrice de recherches au CNRS.
82 recommandations pour agir
Parmi les 82 recommandations du HCC – auxquelles le gouvernement devra répondre dans les six mois – l'organisme préconise, outre la prévention structurelle, de financer aussi des réponses de court terme, comme « la pose de volets, d'ombrages, de ventilateur de plafond, mais aussi le rôle des réseaux de froid et des dispositifs de climatisation fixes, en privilégiant les pompes à chaleur réversibles » ou le renforcement du « cadre réglementaire en santé au travail ».
Le HCC recommande aussi de mieux « garantir les investissements nécessaires à la transition », notamment en doublant ceux pour la décarbonation et en « redimensionnant » le Fonds vert pour aider les collectivités, et de « mettre en cohérence les politiques sectorielles avec les objectifs climatiques », en prônant la « sobriété » dans les transports – moratoire sur l'augmentation des capacités des aéroports français – ou dans l'agriculture. L'organisme réclame également une « transition juste » pour ne pas augmenter les inégalités et les « vulnérabilités climatiques », jugeant que certaines aides comme MaPrimeRénov' ou le leasing social « sont actuellement sous dimensionnées par rapport aux besoins », selon Diane Strauss.



