Alors qu'une vague de chaleur touche une grande partie de l'Europe occidentale depuis plusieurs jours, les scientifiques rappellent que le continent européen est aujourd'hui celui qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète. Selon le service européen Copernicus, la hausse des températures atteint déjà 2,4 °C en Europe par rapport à l'ère préindustrielle, contre près de 1,4 °C à l'échelle mondiale.
Les causes du réchauffement accéléré
« La quasi-totalité de cette chaleur provient de l'effet de serre d'origine humaine causé par les émissions des énergies fossiles », rappelle Ben Clarke, chercheur à l'Imperial College de Londres. Les chercheurs observent également une multiplication des situations anticycloniques favorisant les épisodes de chaleur durable. Ces zones de haute pression, qui circulent lentement, maintiennent des températures élevées et assèchent les sols.
« Si l'on regarde les 20 ou 30 dernières années, il y a eu une prévalence de ces sortes de conditions anticycloniques qui rendent les canicules plus probables, particulièrement en été », souligne Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique. Les scientifiques débattent toutefois encore de l'origine exacte de cette évolution, entre influence du changement climatique et variabilité naturelle.
Les terres se réchauffent plus vite que les océans
Cette configuration atmosphérique contribue aussi à rendre les masses d'air plus sèches. « C'est une masse d'air stable qui apporte l'air chaud près de la surface et enlève l'air humide », explique Mary Bourke, géographe au Trinity College Dublin. Les terres européennes se réchauffent par ailleurs plus rapidement que les océans, un phénomène accentué par la proximité du continent avec l'Arctique, région particulièrement touchée par le réchauffement climatique.
Selon Copernicus, l'Arctique affiche désormais des températures supérieures de 3,2 °C à celles de l'époque préindustrielle. Cette accélération est liée en partie à la diminution de l'effet « albédo » provoquée par la fonte de la neige et de la glace. « Quand la glace de mer fond, plus de chaleur est absorbée, ce qui réchauffe un peu plus les eaux et fait fondre plus de glace », détaille Ben Clarke. Dans plusieurs régions européennes, le recul des épisodes de gel hivernal expose davantage de surfaces sombres capables d'absorber la chaleur.
Un réchauffement différent selon les régions
Les scientifiques soulignent également l'impact indirect de la baisse de la pollution atmosphérique observée depuis les années 1980. Les aérosols issus des activités humaines avaient jusque-là un effet refroidissant en réfléchissant une partie du rayonnement solaire. « La réduction de la pollution de l'air est très importante pour la santé respiratoire mais cela augmente aussi les radiations solaires à la surface de la Terre », indique Ben Clarke.
Le réchauffement n'est toutefois pas uniforme sur l'ensemble du continent. Copernicus observe une hausse de 0,5 °C à 1 °C par décennie dans l'est et le sud-est de l'Europe, ainsi que dans certaines zones alpines au cours des trente dernières années. L'Europe occidentale et les régions subarctiques de Scandinavie enregistrent des progressions plus limitées, comprises entre 0,2 °C et 0,5 °C par décennie. Le Svalbard, dans l'Arctique, figure parmi les territoires les plus touchés au monde avec un réchauffement atteignant jusqu'à 2 °C par décennie et plusieurs records de chaleur estivale enregistrés entre 2022 et 2024.



