Climat: sécheresse et salinisation menacent le bassin de Thau
Climat: sécheresse et salinisation menacent le bassin de Thau

Le bassin de Thau subit de plein fouet les effets du changement climatique. Sécheresse, aridification, salinisation : les ressources en eau s'amenuisent, menaçant à la fois l'eau potable et l'agriculture locale. Les nappes phréatiques se rechargent moins, certains forages sont devenus trop salés, et la lagune se fragilise. Face à cette situation, les syndicats de bassin réclament des financements pour des actions concrètes.

Un déficit pluviométrique aggravé par l'évaporation

L'aridification est l'une des manifestations directes du changement climatique sur le territoire. Elle se traduit d'abord par un déficit pluviométrique, puis un assèchement des sols, accentué par la hausse des températures et l'augmentation de l'évaporation des sols et des plans d'eau. Elle s'accompagne également d'une intensification des sécheresses qui, combinée au ralentissement de la recharge des nappes phréatiques, réduit progressivement la disponibilité de la ressource en eau. Enfin, la baisse du niveau des nappes favorise une salinisation croissante, avec des intrusions d'eau salée qui menacent la qualité des aquifères.

« En Méditerranée, l'augmentation de l'évaporation est souvent plus déterminante que la baisse des précipitations. Autrement dit, même lorsqu'il pleut autant sur une année, davantage d'eau repart dans l'atmosphère et moins d'eau reste disponible pour les milieux naturels et les usages », explique le Syndicat mixte du bassin de Thau (SMBT), qui suit de près ces évolutions.

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Des financements jugés insuffisants face à l'urgence

« À ce jour, aucune masse d'eau littorale méditerranéenne n'a été déclassée en raison de la salinisation. Cela interroge au vu de la situation d'urgence de certains territoires littoraux, observe Elodie Moulin, coordinatrice de seize syndicats de bassin sur le littoral occitan au sein de l'association AIGA Méditerranée Ouest. Les financements se concentrent surtout sur la connaissance, alors que les territoires ont désormais besoin de moyens pour mettre en œuvre des solutions concrètes. La salinisation doit être explicitement identifiée comme une atteinte à la qualité des masses d'eau dans les politiques de l'eau. »

Le bassin de Thau est particulièrement exposé car il cumule plusieurs vulnérabilités : un climat méditerranéen, une lagune littorale sensible aux intrusions salées et au réchauffement de ses eaux, ainsi qu'une forte pression sur les ressources en eau liée à la croissance des usages (eau potable, agriculture, tourisme, milieux naturels).

Le phénomène d'inversac, une spécificité locale

« Par exemple, Thau est l'un des rares territoires français confronté au phénomène d'inversac, rappelle le SMBT. Habituellement, la source sous-marine de la Vise alimente la lagune en eau douce. Lors de certains épisodes climatiques de tempête conjugués à une baisse du niveau des nappes souterraines, le fonctionnement s'inverse : la source aspire l'eau saumâtre de la lagune vers l'aquifère. »

Cette intrusion saline menace alors directement les réserves d'eau douce et peut les rendre impropres à l'alimentation en eau potable ou aux autres usages. Des épisodes ont déjà conduit à l'abandon de certains captages d'eau potable, comme celui de la source Cauvy à Balaruc-les-Bains. Sur certains secteurs, comme à Vic-la-Gardiole, les agriculteurs ne peuvent plus utiliser leur forage pour l'arrosage des plantations, du fait d'une teneur en sel très élevée.

Quatre niveaux d'alerte sécheresse

Lorsque les ressources en eau sont sous tension, le préfet peut déclencher quatre niveaux d'alerte : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Chaque niveau entraîne des restrictions progressives concernant l'arrosage, le remplissage des piscines, le nettoyage des surfaces ou encore certains usages agricoles et collectifs. Ainsi, dès la situation d'alerte, les particuliers n'ont plus le droit de remplir leur piscine, les communes ne doivent plus proposer de douches de plage ou mettre à disposition de l'eau aux fontaines. En situation de crise, il est interdit de laver façades, toitures et surfaces imperméabilisées chez les particuliers, et l'arrosage des jardins potagers n'est plus possible entre 8 h et 20 h. Par ailleurs, les collectivités n'ont plus le droit d'arroser les terrains de sport, comme en alerte renforcée.

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Des conséquences sur l'agriculture et la biodiversité

La sécheresse a aussi des conséquences sur la lagune. Une arrivée d'eau douce amoindrie entraîne plusieurs impacts : une augmentation de la salinité ; des modifications des habitats naturels ; une fragilisation de certaines espèces ; un risque accru de manque d'oxygène dans les eaux en période estivale.

« Ces évolutions peuvent affecter les activités conchylicoles, la biodiversité et le fonctionnement écologique de la lagune, souligne le Syndicat mixte du bassin de Thau. Les habitants du territoire connaissent bien les épisodes d'anoxie estivale, les “malaïgues”, au cours desquelles l'absence d'oxygène dans l'eau entraîne la mortalité de toutes les espèces présentes, que ce soient les poissons ou les coquillages. »

En 2018, une anoxie estivale avait ainsi touché une grande partie de la lagune. L'an dernier, un mini-épisode, déclaré aux abords de Marseillan et Mèze, s'était finalement résorbé rapidement suite à la levée de la tramontane le lendemain. En conséquence, le territoire reste sous observation particulièrement attentive en cette période estivale.