Dans une tribune publiée par Libération, l'écrivain Mathieu Lindon propose une réflexion originale sur le réchauffement climatique, vue à travers le prisme de la sueur. Il constate que la hausse des températures transforme notre rapport au corps et à l'espace public, et que cette transformation n'est pas neutre socialement. La sueur, écrit-il, est devenue un marqueur des inégalités face à un climat qui « fait suer » partout.
La sueur, symptôme d'un monde qui chauffe
Lindon observe que la sueur, longtemps associée à l'effort physique ou à la fièvre, est désormais un phénomène ordinaire, lié aux canicules à répétition. Il évoque des images fortes : les corps qui dégoulinent dans les transports, les bureaux climatisés qui contrastent avec les ateliers surchauffés, les rues où l'ombre devient un luxe. Cette omniprésence de la sueur, selon lui, est le signe tangible d'un dérèglement qui n'épargne aucun espace, mais qui frappe inégalement.
Un privilège de classe : ne pas transpirer
L'auteur souligne que la capacité à éviter la sueur est devenue un privilège. Ceux qui peuvent se payer la climatisation, des vêtements techniques ou des horaires aménagés échappent à cette gêne corporelle, tandis que les travailleurs en extérieur, les employés de chantier, les livreurs ou les vendeurs sur les marchés subissent de plein fouet la chaleur. « La sueur est devenue un marqueur de classe », écrit-il, en notant que les plus aisés peuvent se mettre à l'abri, alors que les plus précaires n'ont d'autre choix que de s'exposer.
Un appel à repenser l'urbanisme et le travail
Mathieu Lindon en tire une critique des politiques climatiques, souvent pensées pour les nantis. Il plaide pour une adaptation des villes (plus d'ombrage, de fontaines, de végétalisation) et pour une réorganisation du travail (horaires décalés, pauses adaptées) qui tienne compte des plus vulnérables. La tribune se conclut sur une note d'urgence : la sueur n'est pas qu'une question de confort, c'est un symptôme politique. Selon lui, tant que la lutte contre le réchauffement ignorera ces inégalités, elle restera incomplète.



