Selon une étude menée par Leboncoin immobilier fin juin 2026, 81% des Français déclarent ressentir un inconfort lié aux fortes chaleurs dans leur logement. En région Provence-Alpes-Côte d'Azur, territoire très marqué par les canicules à répétition, 18% des habitants envisagent de déménager pour s'établir dans des coins plus frais. Trois d'entre eux témoignent.
Un choix de vie bouleversé par la chaleur
Jennifer, 44 ans, et son époux ont quitté la Bourgogne-Franche-Comté il y a cinq ans pour s'installer à Roquebrune-sur-Argens, dans le Var. Début août 2026, ils ont fait leurs cartons et tiré un trait définitif sur leur « rêve de Méditerranée ». « On a déjà énormément galéré pour se loger avant de trouver un 40 m² à 750 € par mois. L'appartement n'est pas climatisé mais les années d'avant, on arrivait à gérer… », se remémore Jennifer. Cet été, marqué par des chaleurs précoces et continues, le couple y a vu le thermomètre grimper jusqu'à 37 °C. « Là, on s'est dit stop… »
D'autant que le travail ne leur offrait aucun répit. « Je suis agent d'entretien dans les collèges, dans des salles de classe sans clim ; mon mari travaille dans le BTP, sans horaires aménagés pour ne pas déranger les résidents et les touristes. On était tout le temps fatigués, envie de rien… », glisse Jennifer, repartie avec son conjoint en Haute-Saône. Sans regrets, mais avec un pincement au cœur : « C'est le climat qui nous avait fait déménager ici. Au final, je ne suis même pas sûre qu'on y viendra en vacances. Les prochaines, on pense les passer en Bretagne… »
Une enseignante niçoise prête à tout quitter
Karine, Niçoise de 54 ans, a grandi ici. « J'y ai toutes mes attaches professionnelles, personnelles… », raconte cette enseignante en école de commerce qui n'envisageait pas une seule seconde vivre ailleurs. Pourtant, dès sa retraite, c'est décidé : elle quittera la région qui l'a vue grandir. « Régulièrement, quand arrivait fin août, j'en avais marre de l'été… J'ai bien conscience qu'on vit en Méditerranée, qu'il y fait chaud… Mais cette année, dès début juillet, j'ai su que ça allait être d'une rare violence », confie cette propriétaire d'un appartement non climatisé dans le quartier du Parc impérial.
« Le soir, je recule le moment du coucher car je sais que ça va être très difficile de s'endormir. Je me réveille fatiguée. Ça joue sur l'humeur, l'entrain, les perspectives, l'écoanxiété… On ne va pas dans le mur, on va dans le four », déplore-t-elle. Soucieuse, Karine raconte une vie estivale faite de renoncements. « Toutes les choses simples et gratuites, comme aller se balader, à la plage, profiter d'une rando, faire du sport en extérieur… c'est mort. » Trouver la fraîcheur au cinéma, dans les musées, à la bibliothèque sont ses planches de salut. « Comme des réfugiés climatiques dans nos propres villes », pointe-t-elle.
Une retraitée inquiète pour sa santé
Joëlle avait 64 ans quand elle a quitté la région parisienne pour s'installer à Nice. Après 40 ans de carrière dans le labo d'un hôpital de Seine-Saint-Denis, elle se rapprochait de l'une de ses filles pour couler une retraite heureuse, nourrie de randonnées et de jolis paysages méditerranéens. D'ici 2027, elle fera le chemin à l'envers, profondément inquiète de la tournure que prend le réchauffement climatique en Côte d'Azur. « Ici, il fait chaud de juin à mi-septembre. Je ne supporte plus cette chaleur », déplore cette propriétaire, installée dans le quartier Magnan, au sein « d'une résidence pourtant climatisée et avec piscine ».
Pendant les chaleurs estivales qui s'étirent, cette retraitée, atteinte d'une bronchopneumopathie chronique obstructive, a elle aussi vu sa vie se rétrécir. « Le matin, je fais le maximum de choses : ménages, sorties. L'après-midi, je ne sors plus et j'allume la clim. La nuit, je la coupe et je mets le ventilateur. J'en ai ras le bol d'être enfermée », dit celle qui multiplie par deux sa facture d'électricité pendant cette période. L'avenir, c'est désormais en région parisienne qu'elle le voit. « Je regarde des annonces. Là-bas, il y a des canicules mais la chaleur y est plus sèche et moins constante », constate-t-elle. En 2027, elle espère tirer 300.000 euros de son appartement niçois pour trouver un petit bien en Île-de-France. Et juguler ainsi « le stress » généré par le climat azuréen 3 mois par an.
Un phénomène qui touche de plus en plus de monde
« On n'arrête pas de lire que nous vivons là les étés les plus frais du reste de notre vie, c'est terrifiant », lance l'ancienne hospitalière à qui cet été 2026 rappelle « la canicule meurtrière de 2003 ». Si son projet de déménagement n'est pas ficelé pour la saison 2027, Joëlle en est désormais certaine : elle s'arrangera dans tous les cas pour ne pas passer un été de plus sur la French Riviera.
Comme ces trois femmes, près de 100 lecteurs ont partagé leur envie de partir des Alpes-Maritimes ou du Var en répondant à notre appel à témoins, publié ce lundi 10 août 2026. Ce phénomène interroge sur l'avenir de la région, qui pourrait voir sa population diminuer si les étés deviennent de plus en plus insupportables. Les décideurs locaux sont appelés à réagir, notamment en matière d'urbanisme et de végétalisation.



