Baignades : physalies, méduses, pollutions, le littoral sous pression
Baignades : physalies, méduses, pollutions, le littoral sous pression

Depuis la semaine dernière, plusieurs plages du bassin d'Arcachon à la côte basque sont temporairement interdites à la baignade en raison d'échouages de physalies. Ces petites masses gélatineuses bleutées, souvent confondues avec des méduses, sont en réalité des colonies d'organismes spécialisés. L'aquarium de Biarritz les décrit comme « un être redoutablement efficace ». Leurs tentacules, qui peuvent atteindre 50 mètres de long, sont extrêmement urticantes et représentent un danger pour les nageurs.

Des physalies portées par le vent

Originaires des eaux tropicales, les physalies sont transportées par les vents vers les plages. Leur présence interroge sur un éventuel lien avec le réchauffement climatique. Elvire Antajan, chercheuse à l'Ifremer, a expliqué à l'AFP en 2025 : « Il faudrait étudier la récurrence des vents qui les rabattent sur les côtes et pouvoir établir un lien avec le dérèglement du climat. » Une prudence partagée par Jean-Pierre Gattuso, océanographe et coauteur du rapport du Giec sur les océans, qui souligne que la prolifération des méduses reste un phénomène mal connu. Une étude espagnole menée par l'écologiste marin Carlos Duarte n'a d'ailleurs pas trouvé de corrélation entre le réchauffement de l'eau et l'augmentation des méduses, mais plutôt un lien avec les constructions humaines comme les ports et les pontons qui offrent des abris aux larves.

La Méditerranée se tropicalise

La pression anthropique, qui regroupe les impacts des activités humaines sur l'environnement (dérèglement climatique, pollutions, bétonisation, surtourisme), affecte fortement les océans. En Méditerranée, le réchauffement de l'eau entraîne une tropicalisation. Jean-Pierre Gattuso précise que depuis la mer Rouge, « il y a une arrivée d'espèces massives, on estime que 1.200 ont traversé le canal de Suez ». Parmi elles, le poisson-lapin, vorace, détruit des prairies sous-marines, et le poisson-lion, dont les nageoires sont toxiques, provoque des piqûres « excessivement douloureuses ».

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Des vagues de chaleur marines dévastatrices

Le réchauffement climatique provoque également des vagues de chaleur marines persistantes. Le 21 juin, le programme européen Copernicus a mesuré une température de surface des océans record de 21 °C en moyenne, après six mois de chaleur exceptionnelle. Romain Bourdalle-Badie, ingénieur océanographe chez Mercator Océan, souligne : « On vit un été exceptionnel depuis les premières canicules de fin mai et l'océan y répond aussi. » La Méditerranée a connu « les six premiers mois les plus chauds jamais enregistrés de l'Histoire », notamment dans le golfe du Lion et entre la Corse, la Sardaigne et l'Italie.

Contrairement aux vagues de chaleur terrestres, celles marines durent plus longtemps. « L'océan emmagasine la chaleur, car l'eau a une capacité calorifique huit fois plus forte que l'air. Même si l'atmosphère se refroidit, l'océan va encore garder cette chaleur et va mettre très longtemps à l'évacuer », explique Romain Bourdalle-Badie. Ces vagues de chaleur ont des effets dévastateurs sur les écosystèmes, provoquant des mortalités massives.

Microalgues et bactéries en expansion

Ces conditions favorisent la prolifération de microalgues et de bactéries. L'ostreopsis, présente en Méditerranée depuis vingt ans et arrivée sur le littoral basque en 2021, est une microalgue toxique invisible à l'œil nu. Elle prolifère lorsque la température de l'eau dépasse 20 °C. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) indique qu'à quelques mètres, elle peut provoquer des intoxications avec des symptômes tels que toux, céphalées, fièvre et mal de gorge.

Pollutions bactériennes dans les eaux de baignade

Les activités humaines engendrent aussi des pollutions qui affectent les eaux de baignade. En France, l'Agence régionale de santé (ARS) surveille leur qualité en partenariat avec les municipalités. À Marseille, un dispositif quotidien d'analyse par biologie moléculaire permet de connaître presque en temps réel le niveau de pollution, contre un délai de quarante-huit heures pour le prélèvement normalisé. C'est ainsi que le 5 août, la plage des Catalans a été fermée pendant une matinée en raison d'une pollution bactérienne.

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Depuis 2024, le classement des eaux de baignade réalisé par l'association Eau et Rivières de Bretagne, basé sur les données de l'ARS mais avec une méthode différente, cartographie les niveaux de pollution bactérienne à Escherichia coli et aux entérocoques intestinaux sur 1.869 plages en France. Pour l'association, le classement de l'ARS décrit la qualité moyenne mais ne reflète pas la réalité des risques sanitaires. Christophe Le Visage, vice-président, affirme : « L'essentiel des pollutions des eaux littorales, qu'elles soient chimiques avec les pesticides et les résidus médicamenteux, ou bactériologiques viennent de la terre. » Il pointe « des insuffisances des stations d'épuration et d'assainissement, avec des fuites sur des réseaux » en zones urbaines et rurales, ainsi que « les élevages et les épandages » en zone agricole, notamment en Bretagne Nord. Il dénonce « une omerta sur ce sujet, comme pour les algues vertes ».

Des progrès mais une menace plastique

Jean-Pierre Gattuso nuance toutefois : « La situation concernant la pollution liée aux eaux usées s'est considérablement améliorée depuis les directives de l'Union Européenne obligeant les municipalités à avoir des stations d'épuration. » Mais une autre pollution étouffe les océans : le plastique. Mesurant les reculs environnementaux dans le monde, l'océanographe ne cache pas sa frustration, alors que le rapport du Giec de 2019 sur les océans démontrait l'augmentation en intensité, fréquence et superficie des vagues de chaleur marines. « On devient les chroniqueurs d'un désastre annoncé, c'est extrêmement préoccupant. L'action publique est déficiente et ne rend pas service aux citoyens », alerte-t-il.