Selon une étude récente, 62% des salariés français parviennent à se déconnecter de leur travail une fois la journée terminée. Et contre toute attente, ce sont les jeunes salariés qui montrent l'exemple, malgré leur réputation d'hyperconnectés. L'enquête, menée par l'Ifop pour le compte de l'application de messagerie Slack, révèle que les moins de 35 ans sont les plus adeptes de la déconnexion, une tendance qui bouscule les idées reçues.
Les jeunes, champions de la coupure numérique
L'étude, dévoilée en exclusivité par Le Point, indique que 68% des salariés âgés de 18 à 34 ans déclarent ne pas consulter leurs e-mails professionnels ni répondre aux sollicitations de leur employeur en dehors des heures de travail. Un chiffre nettement supérieur à la moyenne générale, qui s'établit à 62%. « Je ne gère rien à part mon bronzage », plaisante Camille, 28 ans, chargée de communication à Paris, qui incarne cette nouvelle génération de salariés déterminés à préserver leur vie privée.
Cette attitude contraste avec celle de leurs aînés : seuls 55% des salariés de plus de 50 ans parviennent à décrocher complètement du travail. Les jeunes semblent avoir intégré plus tôt l'importance de poser des limites dans un monde professionnel de plus en plus envahissant.
Un phénomène amplifié par le télétravail
La généralisation du télétravail, accélérée par la crise sanitaire, a brouillé les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle. Pourtant, les jeunes salariés semblent avoir su tirer des leçons de cette période. Selon l'étude, 74% des télétravailleurs réguliers de moins de 35 ans affirment mettre en place des rituels pour marquer la fin de leur journée de travail, comme éteindre leur ordinateur ou ranger leur espace de travail. Une discipline que seuls 58% des plus de 50 ans adoptent.
« Les jeunes ont grandi avec le numérique et ils savent mieux que quiconque les risques d'une connexion permanente », analyse Marie Lefèvre, sociologue du travail interrogée par Le Point. « Ils ont vu leurs parents subir le stress lié à l'hyperconnexion et ils ont décidé de faire autrement. »
Des entreprises contraintes de s'adapter
Face à cette nouvelle donne, les entreprises doivent revoir leurs pratiques. Selon l'étude, 57% des jeunes salariés affirment avoir déjà refusé de répondre à un appel ou un message professionnel en dehors des heures de bureau, quitte à s'attirer les foudres de leur hiérarchie. Un comportement qui pousse les employeurs à instaurer des chartes de bonne conduite numérique ou à utiliser des outils de communication permettant de différer les envois.
« Les entreprises qui ne respectent pas le droit à la déconnexion risquent de perdre leurs jeunes talents », prévient Lefèvre. « La génération Z est très attachée à son équilibre de vie, et elle n'hésite pas à changer d'employeur si ses attentes ne sont pas satisfaites. » Les chiffres lui donnent raison : 71% des moins de 35 ans se disent prêts à quitter leur poste si l'entreprise ne garantit pas une déconnexion effective.
Un impact positif sur la santé mentale
Cette capacité à se déconnecter a des effets bénéfiques sur le bien-être. Les jeunes salariés qui parviennent à couper avec le travail déclarent 23% de symptômes de stress en moins que ceux qui restent connectés. Ils sont également 15% plus satisfaits de leur vie en général. Des chiffres qui devraient inciter les entreprises à prendre le sujet au sérieux, tant pour la santé de leurs employés que pour leur productivité.
« La déconnexion n'est pas un luxe, c'est une nécessité », conclut l'étude. Une leçon que les jeunes semblent avoir parfaitement intégrée, au point de devenir les ambassadeurs d'un nouvel art de vivre au travail.



