Adapter Nice à la chaleur : les pistes des scientifiques
Adapter Nice à la chaleur : les pistes des scientifiques

Alors que l'été 2026 s'annonce comme le moins chaud de ceux à venir, les scientifiques et météorologues multiplient les alertes : il est urgent d'adapter les villes comme Nice à des températures toujours plus élevées. Loéna Trouvé, cheffe de projet Aménagement et transition au Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), souligne que « la chaleur est l'un des risques climatiques numéro un en Europe. Celui qui va être le plus mortel pour les populations vulnérables dont la liste ne se limite pas aux jeunes enfants et aux personnes âgées : elle inclut aussi les femmes enceintes, ceux qui présentent des pathologies, certains jeunes, etc. » Elle insiste : « Nous faisons face à des crises extrêmes et, comme pour n'importe quelle crise, il faut anticiper. »

Le défi des nuits tropicales à Nice

Magali Reghezza-Zitt, géographe niçoise et ancienne membre du Haut Conseil pour le Climat, explique que « à Nice, les températures sont moins intenses qu'elles peuvent l'être ailleurs ; en revanche, les nuits tropicales sont beaucoup plus importantes donc nos organismes sont plus fatigués puisqu'on ne parvient pas à se rafraîchir la nuit ». Cette situation a été illustrée récemment par une nuit à 28 °C, la plus chaude de l'année 2026, et par une fréquentation en hausse dans les stations d'altitude des Alpes-Maritimes, les habitants cherchant à fuir la chaleur.

Pour apporter des réponses adaptées, Loéna Trouvé insiste sur la nécessité de « comprendre comment le soleil entre dans la ville et comment faire de l'ombre », un sujet étudié par les scientifiques depuis une trentaine d'années. Mais il est impossible de dupliquer les mêmes aménagements partout : « Il faut regarder bâtiment par bâtiment, îlot par îlot », reprend la géographe. À Nice, certains immeubles sont construits avec des matériaux qui retiennent la chaleur. Dans une rue étroite, installer une climatisation individuelle va rejeter de la chaleur à l'extérieur qui sera emprisonnée entre les parois.

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Examiner les configurations urbaines

La cheffe de projet au Cerema donne d'autres exemples : « Repeindre des toits en blanc peut être bénéfique mais peut également avoir des effets limités si le bâtiment est bas, entouré de bâtiments hauts qui vont être affectés par le rayonnement du toit. Idem pour l'installation de voiles d'ombrage comme c'est pratiqué dans des villes d'Espagne et de plus en plus en France et qui pose des enjeux techniques. Sur quelles façades les arrimer : celles de bâtiments privés ou publics ? Est-ce que cela peut empêcher les pompiers d'intervenir ? Quid du coût et de l'entretien ? Tout cela est à anticiper. Il est difficile d'isoler une solution en termes de performance car chacune s'inscrit dans une configuration urbaine. »

Le Cerema travaille avec les collectivités pour intégrer les solutions les unes aux autres et vérifier qu'elles interagissent bien entre elles. « Les élus peuvent s'appuyer sur la cartographie des LCZ (les zones climatiques locales) qui répertorie 93 aires urbaines en France. Cela leur permet de savoir où intervenir, et comment prioriser. Lorsqu'ils rédigent les PCAET (Plan climat-air-énergie territorial) et PLU (Plan local d'urbanisme), ils peuvent y consigner des objectifs de rafraîchissement. Ce volet réglementaire va permettre d'anticiper et de prioriser en dézoomant du périmètre projet pour adopter un point de vue plus global », précise Loéna Trouvé.

Plusieurs niveaux d'adaptation

Magali Reghezza-Zitt a identifié plusieurs niveaux d'adaptation à mettre en œuvre. D'abord, « monter en puissance sur la gestion de crise, que ce soit en termes d'hommes, de moyens ou de dispositifs de filets de sécurité pour prendre en charge les plus fragiles. Cela implique de disposer d'hébergements d'urgence mais aussi d'améliorer le système de santé où l'on constate, l'été, une pénurie de médecins et une surcharge des urgences. »

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Ensuite, « des actions ponctuelles et individuelles : installer des systèmes de climatisation compatibles avec le bâtiment et énergétiquement viable en développant les panneaux solaires, les pompes à chaleurs, et en améliorant l'isolation. » Du point de vue des mesures collectives, la géographe préconise notamment de « garantir la continuité des transports publics [qui doivent être] climatisés et bas carbone », mais encore d'« adapter l'usage de l'eau en apprenant à gérer cette ressource. Il est impératif de modifier notre mode de vie, sans le dégrader. Y compris en modifiant les horaires des bureaux, des écoles, des commerces, pour qu'ils soient plus cohérents avec la météo en été. »

Loéna Trouvé conclut : « Tout cela s'organise collectivement. Sans réponses organisationnelles, les solutions liées aux matériaux et à la végétation ne suffiront pas. »