L'incendie du Gros Bessillon, qui a ravagé 6 300 hectares de forêt, de garrigue et de faune, détruisant des bâtiments et endommageant des exploitations agricoles, n'a fait aucune victime humaine. Ce résultat, qualifié de miracle par certains, est attribué en partie à l'utilisation du dispositif Fr-Alert, déployé pour la première fois dans le Var dans le cadre d'un feu de forêt.
Fr-Alert : un outil de prévention en temps réel
Fr-Alert est une application proposée par le ministère de l'Intérieur depuis juin 2022. Elle permet de prévenir en temps réel les personnes présentes dans une zone de danger et de les informer des comportements à adopter pour se protéger, grâce à des notifications ciblées et très sonores envoyées aux téléphones portables qui se trouvent dans un secteur prédéfini. Au cours de l'incendie du Gros Bessillon, vingt-sept messages ont ainsi été envoyés.
Simon Babre, le préfet du Var, dont l'implication n'a pas varié au cours des dix-huit jours qu'a duré l'incendie, revient sur l'emploi du dispositif. Il précise en préambule : « Il a un rôle dans le fait qu'il n'y ait pas eu de victime, mais on ne peut pas le quantifier. » Selon lui, les évacuations ordonnées par les messages Fr-Alert ont surtout permis de mettre à l'écart des populations, de dégager des voies d'accès, autorisant les pompiers à se concentrer sur l'opérationnel et la lutte contre le feu, « parce qu'il n'y avait pas de vies à sauver ».
Un changement de doctrine dans la sauvegarde des populations
Simon Babre souligne un « changement de doctrine » dans la manière d'appréhender la sauvegarde des populations. Jusqu'ici, Fr-Alert n'avait été utilisé que lors d'intempéries, comme en septembre dernier à Toulon, ou dans le cadre d'exercices. « Pour les incendies, on n'évacuait que les habitations légères en s'appuyant sur les gestionnaires d'hébergement de plein air. Pour les constructions en dur, on préconisait le confinement. »
L'incendie des Arcs - Taradeau, les 19 et 20 juillet, a rebattu les cartes. « Face à des habitations très dispersées, explique Simon Babre, les consignes d'évacuation se sont révélées difficiles à transmettre. » Alors dès le premier jour de l'incendie du Gros Bessillon, particulièrement virulent, Fr-Alert est déclenché. Il est 14 h 57, mardi 21 juillet, lorsque la sonnerie stridente du dispositif retentit sur les téléphones des personnes concernées à Cotignac et Sillans.
Un déploiement précis et une coordination locale
Sur le même message figurent les zones à évacuer pour ceux qui s'y trouvent et les secteurs à éviter pour ceux qui en sont proches. Lieux de rassemblement et consignes au moment de quitter son logement apparaissent aussi. « Généralement, les préavis sont assez longs. » Dans tous les cas, les gendarmes et autres policiers municipaux sont ensuite mis à contribution pour s'assurer du respect des dispositions.
Les déclenchements, détaille encore le préfet, se font « sur la base des informations transmises par les pompiers sur le feu et son évolution à trois, quatre, cinq heures ». Ils peuvent concerner jusqu'à « une maille infracommunale », c'est-à-dire au quartier près, déterminé par le centre opérationnel départemental, en préfecture, mais qui recoupe les zones avec les municipalités.
« Lors de la bataille de Cotignac, illustre Simon Babre, la violence des éléments nous a conduits à préparer un message d'évacuation (du haut du village, Ndlr), mais nous ne l'avons jamais envoyé, nous basant sur la conviction du maire de la commune. » Jean-Pierre Véran croyait en effet – et à raison a posteriori – dur comme fer que les deux verrous que constituent Notre-Dame-de-Grâces et le monastère Saint-Joseph ne céderaient pas.
Des limites et une généralisation mesurée
Une fois les notifications émises, elles restent actives pendant un certain temps : toute personne qui entrerait dans une zone concernée la recevrait pendant plusieurs heures après son déclenchement. La fin des alertes, en revanche, n'est pas indiquée de la même façon : « Nous gardons ce signal très fort pour les situations d'urgence », note le préfet, qui table sur des communiqués de presse et des messages des mairies pour indiquer l'expiration du confinement.
Si l'application du dispositif a donné satisfaction, démontrant son adaptabilité, Simon Babre se veut mesuré quant à sa généralisation dans la lutte contre les feux de forêt. « Il y aura toujours des situations pour lesquelles on ne pourra pas l'utiliser et notamment des incendies dont la rapidité ne nous permettra pas de compter sur lui. »



