Le 4 mars dernier, un étage supérieur de fusée SpaceX s'est écrasé sur la face cachée de la Lune, créant un cratère d'environ 19 mètres de diamètre. C'est ce que confirment les images prises par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LRO) de la NASA, publiées le 24 juin. Cet impact, initialement prévu pour être celui d'un débris spatial, a finalement été identifié comme provenant de la fusée Falcon 9, lancée en février 2015 pour la mission DSCOVR (Deep Space Climate Observatory).
Un impact inattendu et précisément localisé
L'étage supérieur de la Falcon 9, après avoir propulsé le satellite DSCOVR vers le point de Lagrange L1, se trouvait sur une orbite héliocentrique. Au fil des années, son orbite a évolué sous l'influence de la gravité terrestre et lunaire, jusqu'à ce qu'il croise la trajectoire de la Lune. Le 4 mars, il a percuté la surface lunaire à une vitesse d'environ 9 000 km/h, dans la région du cratère Hertzsprung, sur la face cachée.
Les scientifiques ont pu localiser l'impact grâce aux images de la LRO, qui a photographié le site avant et après. Le cratère mesure 19 mètres de diamètre, ce qui est cohérent avec la taille de l'objet (environ 14 mètres de long et 4 mètres de diamètre) et sa vitesse. « C'est la première fois qu'un objet artificiel s'écrase sur la Lune de manière non contrôlée depuis la mission Apollo », a déclaré Mark Robinson, chercheur principal de la caméra LRO à l'Université d'État de l'Arizona.
Une opportunité scientifique inattendue
Cet impact offre une opportunité unique d'étudier la composition du sol lunaire. En effet, les éjectas du cratère pourraient révéler des informations sur la structure et la composition du régolithe lunaire à cet endroit. Les scientifiques espèrent que les futures missions, comme le programme Artemis, pourront analyser ces éjectas in situ.
De plus, cet événement soulève des questions sur la gestion des débris spatiaux. Alors que l'orbite lunaire devient de plus en plus fréquentée, notamment par les missions Artemis et les projets de stations spatiales lunaires, il est crucial de développer des stratégies pour éviter les impacts non contrôlés. « Nous devons réfléchir à la manière de désorbiter proprement les étages supérieurs après leur utilisation », a ajouté Robinson.
Un précédent controversé
Initialement, certains astronomes avaient identifié cet objet comme étant un étage de fusée chinoise Longue Marche 3C, mais l'analyse orbitale a montré qu'il s'agissait bien de la Falcon 9. Ce n'est pas la première fois qu'un étage de fusée s'écrase sur la Lune : en 2009, la sonde LCROSS de la NASA a percuté volontairement la Lune pour étudier la présence d'eau. Cependant, l'impact de SpaceX est accidentel, ce qui souligne la nécessité de suivre les objets en orbite cislunaire.
Les débris spatiaux sont un problème croissant, et la Lune n'est pas épargnée. Selon l'Agence spatiale européenne, plus de 30 000 objets de plus de 10 cm sont suivis en orbite terrestre, mais la surveillance au-delà de l'orbite géostationnaire est moins précise. Cet impact rappelle que la gestion du trafic spatial doit s'étendre à la Lune.
Vers une meilleure surveillance de l'espace lointain
Les agences spatiales travaillent déjà à améliorer la surveillance des objets en orbite lunaire. La NASA et l'ESA développent des systèmes de détection et de catalogage des débris dans l'espace cislunaire. Le Space Surveillance Network (SSN) américain suit actuellement environ 25 000 objets, mais seulement une fraction d'entre eux se trouve au-delà de l'orbite géostationnaire.
Cet impact accidentel pourrait servir de catalyseur pour accélérer la mise en place de réglementations internationales sur les débris spatiaux. L'ONU, par le biais du Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique, discute de lignes directrices pour les missions lunaires, mais elles ne sont pas contraignantes. « Il est temps de passer à des règles plus strictes », a déclaré un porte-parole de l'ESA.
Un avenir lunaire chargé
Alors que les projets d'exploration lunaire se multiplient, avec notamment le retour d'humains sur la Lune prévu pour 2025 dans le cadre d'Artemis, la question de la gestion des débris devient cruciale. Les scientifiques espèrent que cet impact fournira des données précieuses pour modéliser les effets des collisions sur la surface lunaire, ce qui aidera à protéger les futures infrastructures.
En attendant, les images de la LRO montrent un nouveau cratère, témoin de l'activité humaine dans l'espace. Comme le souligne Robinson : « Chaque impact raconte une histoire, et celle-ci est particulièrement intéressante car elle implique un objet que nous avons fabriqué. »



