Alors que le bassin du Jaur est passé en situation de crise le 17 juillet, la situation hydrique dans l'Hérault est très contrastée. Nicolas Lienart, chef du service hydrogéologie au Département, distingue trois types de sécheresse pour expliquer pourquoi certains secteurs de l'Ouest héraultais sont sous tension, tandis que d'autres résistent mieux.
Trois sécheresses pour une situation disparate
Selon Nicolas Lienart, il faut différencier la sécheresse météorologique (canicule, chaleur), la sécheresse hydrologique ou hydrogéologique (nappes), et la sécheresse agricole (sols). Depuis mai, trois épisodes de canicules ont provoqué une sécheresse météorologique. La sécheresse hydrologique est très disparate : les nappes sont relativement chargées sauf dans l'ouest du département. Sur le Saint-Ponais et le Minervois, les niveaux sont les plus bas jamais enregistrés. Malgré de bonnes pluies hivernales, le déficit accumulé sur plusieurs années n'a pas été comblé. Contrairement à Montpellier et le Nord Hérault, ces secteurs n'ont pas reçu de pluie en mai.
La sécheresse agricole est également marquée : sols très secs, chaleur, vent, peu de pluie depuis mai. Ces trois types de sécheresse sont cohérents avec la carte actuelle de l'arrêté sécheresse, qui place l'ouest en alerte ou alerte renforcée. Depuis le 17 juillet, la vallée du Jaur est en crise, le Jaur étant très bas.
Précipitations annuelles stables mais réparties différemment
Le début d'été correspond aux prévisions climatiques pour le Sud : étés très secs mais précipitations annuelles globalement stables, réparties différemment. Nicolas Lienart précise que la météorologie ne concerne pas seulement la quantité mais aussi la répartition sur l'année. Si les nappes sont pleines après six mois sans pluie, l'approvisionnement et l'irrigation restent possibles, mais les sols se dessèchent, nécessitant plus d'irrigation pour l'agriculture.
Interrogé sur l'influence d'El Niño, l'hydrogéologue répond ne pas être en mesure de répondre, mais constate que les deux dernières années ont connu des canicules précoces et durables, impactant la sécheresse agricole. Pour maintenir la production, l'irrigation est nécessaire, à condition que les ressources soient en bon état. La difficulté survient si la recharge hivernale est faible, comme en 2023.
Barrages départementaux pleins, mais projets de retenues controversés
Les barrages du Salagou et des Olivettes sont pleins. Le barrage des Olivettes sert principalement à l'irrigation. Le Salagou est utile pour l'irrigation et le soutien d'étiage de la Lergue et de l'Hérault, en lien avec l'EPTB. Les projets de retenues collinaires sont souvent mal perçus, associés aux mégabassines charentaises qui pompent l'eau souterraine. Nicolas Lienart explique que ces retenues, alimentées par l'eau BRL, auraient un triple effet : ralentir le ruissellement et l'érosion, créer des zones humides favorables à la biodiversité, et fournir un volume d'eau pour l'irrigation estivale. Avec des précipitations annuelles stables mais des épisodes plus forts, il est pertinent de ralentir et retenir l'eau pour éviter inondations et dégâts en aval.
Nature en souffrance et vigilance sur l'eau potable
Au-delà de l'agriculture, la nature souffre. La végétation n'est plus adaptée au climat, et il faut anticiper avec des espèces plus adaptées. Concernant l'eau potable, Nicolas Lienart appelle à la vigilance sans généraliser : il faut être attentif à sa consommation, prioriser l'arrosage des arbres en souffrance sur le lavage de voiture, et adopter des gestes simples comme la récupération des eaux de lavage des légumes.
Les situations des nappes sont disparates. Sur le Libron (communes de Puissalicon, Puimisson), la recharge n'est pas bonne. Dans le Minervois, les niveaux sont très bas. Fin juillet, la situation tient, mais les nappes en difficulté ont un mois d'avance : elles sont au niveau attendu pour le 15 août. Il ne faut pas que l'été dure jusqu'à mi-octobre. À titre d'exemple, à Mourèze, le niveau de la nappe au 2 juillet était le plus haut depuis 10 ans, tandis qu'à 7 km de là, à Mérifons, il était le plus bas jamais enregistré pour cette période. À Brignac, il est aussi très bas.



