Le gouvernement a publié ce vendredi au Journal officiel la nouvelle liste triennale des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD), communément appelées « nuisibles ». Ce classement autorise la chasse, le piégeage, la capture ou le déterrage de ces animaux toute l’année afin de limiter les dégâts, notamment pour les activités agricoles. Cette décision suscite une nouvelle fois la controverse, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) annonçant déjà un recours devant le Conseil d’État.
Belette, fouine, martre : piégeage encadré près des bâtiments
La belette, la fouine et la martre peuvent « être piégées toute l’année », mais « uniquement à moins de 250 mètres d’un bâtiment ou d’un élevage particulier ou professionnel ou sur des terrains consacrés à l’élevage avicole, ou apicole dans le cas de la martre ». Ces petits carnivores sont friands d’œufs et de lapins, et causent régulièrement des dégâts dans les élevages.
Renard : des dégâts estimés à plus de 540 000 euros
Le renard fait de nombreux dégâts dans les exploitations agricoles. En 2025, le Conseil d’État a relevé plus de 334 000 euros de dégâts dans les Deux-Sèvres et plus de 207 000 euros en Dordogne, soit un total de plus de 541 000 euros pour ces deux départements. Il peut être piégé toute l’année, et également détruit à tir sur autorisation individuelle du préfet, notamment sur des terrains consacrés à l’élevage agricole.
Corbeaux, corneilles, pies : des tirs encadrés
Le corbeau freux et la corneille noire sont souvent pointés du doigt pour leurs ravages dans les semis agricoles, les vergers ou encore les vignes. Les deux espèces peuvent être éliminées par tir, mais cette pratique reste interdite dans les nids. La pie bavarde est également concernée, avec la même interdiction de tir dans les nids. Moins destructrice que d’autres animaux, elle reste une menace pour certaines exploitations et pour les œufs des autres oiseaux. Sont également concernés, le geai des chênes et l’étourneau sansonnet. Les conditions d’élimination de ces animaux varient selon les communes et les départements.
La LPO dénonce un « non-sens économique »
La pratique fait débat. « Au-delà de l’irrationalité biologique qui condamne injustement ces espèces, de l’avis même des scientifiques, cet arrêté est un non-sens économique puisque l’éradication des ESOD coûte quatre fois plus cher que les prétendus dégâts », déclare Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO, dans un message transmis à l’AFP. L’association a indiqué son intention de porter « un recours devant le Conseil d’État contre cet arrêté ».
Une étude du Muséum national d’histoire naturelle publiée en mars dans la revue Biological Conservation affirme que l’élimination massive des animaux jugés nuisibles en France ne réduit pas les pertes économiques qui leur sont attribuées et, pour certaines espèces, ne contribue pas non plus à la baisse des effectifs. Cette étude apporte un éclairage scientifique supplémentaire au débat, alors que la nouvelle liste est désormais en vigueur.



