Sabotages, cyberattaques, ingérences politiques : la guerre hybride du Kremlin frappe désormais directement la France. Pourtant, une partie de la classe politique et certains intellectuels s'obstinent à relativiser la menace. Face à une offensive aussi méthodique, fermer les yeux ne relève plus de la naïveté mais de la complicité, écrit Baptiste Bize, directeur de la rédaction.
Une menace désormais concrète sur le territoire français
Près de dix ans après la poignée de mains de Versailles, la guerre hybride n'est plus une hypothèse : elle frappe nos réseaux, nos usines et nos institutions. Le mois dernier, les autorités ont publiquement attribué une vaste campagne de cyberespionnage à une unité du renseignement russe. De hauts responsables du renseignement s'inquiètent d'une série de faits sur notre territoire : survols de drones sur des sites militaires, incendies suspects de sites industriels de défense, actes de sabotage et cyberattaques visant notamment des équipements hydroélectriques.
Des révélations et des enquêtes en cours
Cette semaine, des images satellites et des documents officiels russes ont fuité, révélant la construction de rampes de lancement de drones dans une dizaine de bases à proximité des frontières européennes de l'OTAN. Dans le même temps, le parquet de Paris a ouvert des enquêtes sur des soupçons d'ingérence russe ciblant trois candidats à l'élection présidentielle – Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal et Édouard Philippe. Les trolls du Kremlin continuent d'inonder nos réseaux sociaux de « fake news » pour hystériser le débat public et diviser la société.
Des « idiots utiles » toujours actifs en France
Le concept d'« idiots utiles », souvent attribué par erreur à Lénine, a fait florès durant la Guerre froide pour désigner ces intellectuels et militants pacifistes perçus comme des relais involontaires de la propagande soviétique. Aujourd'hui, on retrouve parmi eux ces Occidentaux qui partagent une certaine vision poutinienne de la société – réactionnaire, autoritaire, nationaliste, homophobe et religieuse. La France n'en manque pas, et ils ont exprimé leur vive émotion le mois dernier lorsque le gouvernement a annoncé l'expulsion prochaine de la propagandiste russe Xenia Fedorova, ancienne patronne de Russia Today France, qui avait son rond de serviette chez CNews et son fan-club parmi les fidèles de la chaîne pro-russe.
En mai 2017, quelques jours après son élection, Emmanuel Macron avait pris acte de la guerre de désinformation déjà bien engagée tout en recevant Vladimir Poutine avec les honneurs à Versailles. Le temps de la naïveté est révolu. Refuser de voir cette réalité serait coupable. Ne pas la voir relèverait, aujourd'hui plus que jamais, de la pure idiotie.



