Électrification industrielle : le gouvernement cible-t-il les mauvais secteurs ?
Électrification industrielle : le gouvernement cible-t-il les mauvais secteurs ?

Alors que la France s'engage dans une vaste transition énergétique, un nouveau rapport remet en question la stratégie gouvernementale d'électrification de l'industrie. Selon une étude menée par le think tank La Fabrique de l'Industrie et le cabinet de conseil Carbone 4, publiée ce mercredi, les priorités actuelles pourraient être mal orientées, risquant de freiner la décarbonation du secteur.

Des secteurs peu adaptés à l'électrification

Le rapport, intitulé « Électrifier l'industrie : quels leviers pour une décarbonation efficace ? », analyse les 15 secteurs industriels les plus émetteurs de CO2 en France. Il en ressort que les efforts se concentrent sur des industries où l'électrification est techniquement difficile ou peu rentable, comme la sidérurgie ou la chimie lourde. « Ces secteurs représentent 60 % des émissions industrielles, mais leur électrification nécessite des investissements colossaux et des ruptures technologiques qui ne sont pas encore matures », explique Jean-Marc Jancovici, président du think tank The Shift Project et co-auteur du rapport.

Des alternatives négligées

À l'inverse, d'autres secteurs, comme l'agroalimentaire ou le textile, offrent un potentiel d'électrification plus immédiat et moins coûteux. « L'industrie agroalimentaire représente 12 % des émissions industrielles, mais les solutions électriques existent déjà pour une grande partie de ses procédés, comme le chauffage ou la réfrigération », souligne le rapport. Pourtant, ces secteurs reçoivent moins de subventions publiques que les industries lourdes.

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Un plan gouvernemental à revoir ?

Le gouvernement a alloué 5,6 milliards d'euros dans le cadre de France 2030 pour soutenir l'électrification industrielle, dont 2 milliards pour la sidérurgie et la chimie. Mais selon les auteurs, cette répartition pourrait être inefficace. « En concentrant les aides sur les secteurs les plus difficiles à électrifier, on risque de gaspiller des fonds publics sans atteindre les objectifs climatiques », avertit Jancovici. Le rapport préconise de réorienter une partie des financements vers des secteurs à fort potentiel de décarbonation rapide.

Des chiffres qui interpellent

L'étude chiffre le potentiel d'électrification à 30 % des émissions industrielles d'ici 2030, mais seulement si les efforts sont répartis de manière optimale. Actuellement, moins de 10 % des procédés industriels sont électrifiés, et la part de l'électricité dans le mix énergétique industriel stagne à 25 % depuis 2015. « Sans changement de cap, la France risque de ne pas tenir ses engagements de réduction des émissions de 40 % d'ici 2030 par rapport à 1990 », prévient le rapport.

Des solutions concrètes proposées

Pour améliorer l'efficacité de la stratégie, les auteurs suggèrent plusieurs pistes : favoriser l'électrification des procédés à basse température, développer les réseaux de chaleur industriels, et mieux former les ingénieurs aux technologies électriques. Ils appellent également à une meilleure coordination entre les politiques publiques et les besoins réels des entreprises.

Le ministère de la Transition énergétique n'a pas encore réagi à ce rapport. Mais alors que la France prépare sa future stratégie énergétique, ces conclusions pourraient influencer les décisions à venir.

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