Sa combinaison de lutte contre les incendies exhale encore l'odeur âcre de la fumée. Traits tirés, yeux cernés, le capitaine Yann Demaria est de retour à son poste à Pégomas, mais son esprit reste parmi les flammes. Du jeudi 23 au dimanche 26 juillet, il a commandé le groupe Cannes, en renfort sur les sinistres qui ravagent le Var. Quatre camions, quatre hommes ou femmes par véhicule, issus des casernes de Cannes la Bocca, Mougins, Théoule et Pégomas, ont lutté sans relâche entre Cotignac, Barjols et Pontevès.
Un incendie aux allures de malveillance
« Quand je suis arrivé, ça cramait encore partout, témoigne Yann Demaria. C'est un incendie qui semble comme les autres, mais ce qui est bizarre, c'est qu'il y a eu des prises simultanées, à quatre ou cinq endroits, en limite du vert et du brûlé. Comme si on rallumait délibérément la mèche. » Le capitaine redoute des actes malveillants. Il décrit un feu prenant rapidement une ampleur démesurée : « En une petite demi-heure, on pouvait avoir 50 hectares de brûlés ! Tout à coup, on devait retirer nos lances des lisières pour se rendre sur le plus urgent : sauver des habitations. »
Sauvetage in extremis de quatre maisons
Le samedi 25 juillet en milieu d'après-midi, il s'en est fallu de peu. « Vers 16 h, le feu progressait en direction de Barjols, au sud-ouest du village. Il avait déjà sauté la route départementale. C'est là qu'on a repéré un mamelon avec quatre maisons, et ce sont les agriculteurs qui nous ont guidés pour trouver le bon chemin d'accès. » La reconnaissance s'avère cruciale. « La première maison était déjà léchée par les flammes. On a engagé tout de suite le groupe de Mougins. Sur la seconde, malgré un débroussaillage effectué sur cinquante mètres alentour, l'herbe de repousse avait déjà pris ; j'ai engagé Théoule. À la troisième, il a fallu éviter que les flammes prennent sur un cabanon contenant des combustibles, et on a sécurisé la quatrième. Mais à une ou deux minutes près, on ne sauvait pas ces maisons », confie-t-il.
Des conditions de combat épuisantes
La lutte est incessante, avec peu de répit. Quelques heures de somnolence par-ci, sur un lit de fortune ou dans l'habitacle d'une voiture. Dès l'aube, le combat reprend. « Parfois, on se sent un peu impuissant, explique Yann Demaria, parce que la moindre broussaille peut à nouveau s'enflammer, parce qu'on n'est pas à l'abri d'une nouvelle mise à feu volontaire, parce qu'il faut chercher l'eau à plusieurs kilomètres de l'intervention, parce qu'on se heurte à des contraintes administratives. Mais heureusement, il y a aussi les gens du cru. » Les pompiers ont bénéficié de la générosité des jeunes gérants du Château Duvivier à Pontevès, qui ont offert spontanément le gîte et le couvert. « À la fin, on s'est cotisés pour les dédommager un peu », ajoute-t-il.
La menace d'un été sans pluie
Le danger reste constant. Un équipage de Pégomas a dû se replier dans son camion sous l'assaut soudain du brasier. Selon un bilan partiel, près de 4 500 hectares ont brûlé, 2 000 personnes ont été évacuées et deux maisons détruites. « S'il ne pleut pas, il faudra encore trois ou quatre semaines pour éteindre cet incendie, soupire le capitaine. Malheureusement, les feux appellent souvent les feux. » La menace plane aussi du côté des Alpes-Maritimes, entre l'Estérel et le Tanneron. « Sans pluie à venir, on va être emmerdés », conclut-il, conscient que la tâche est loin d'être accomplie.



