Fûts de déchets radioactifs dans l'Atlantique : ce que les scientifiques ont vu par 5 000 m de fond
Fûts radioactifs dans l'Atlantique : ce que les scientifiques ont vu

Une équipe de scientifiques a réalisé une plongée record à près de 5 000 mètres de profondeur dans l'océan Atlantique pour inspecter des fûts de déchets radioactifs immergés dans les années 1970. Les images, rendues publiques le 2 juillet 2026, montrent des conteneurs en grande partie intacts, mais présentant des signes de corrosion avancée.

Une découverte inquiétante à grande profondeur

Les fûts, contenant des déchets issus du retraitement de combustibles nucléaires, avaient été déposés dans une fosse océanique à environ 200 kilomètres des côtes françaises. L'expédition, menée par l'Ifremer et le CNRS, a utilisé un sous-marin téléguidé pour filmer les 45 fûts encore présents sur le site. Selon les chercheurs, environ 10 % des conteneurs présentent des fissures ou des déformations.

« Nous avons observé des traces de rouille et des déformations sur plusieurs fûts, ce qui laisse penser que la barrière de confinement pourrait être compromise à terme », a déclaré le Dr. Marie Leclerc, océanographe à l'Ifremer. Les analyses chimiques de l'eau environnante n'ont pas détecté de contamination radioactive, mais les scientifiques restent prudents.

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Un héritage de la guerre froide

Entre 1960 et 1982, plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, ont immergé des déchets radioactifs dans l'Atlantique Nord, une pratique interdite depuis 1993 par la Convention de Londres. Au total, on estime que plus de 14 000 fûts ont été déposés dans cette zone. La France a procédé à 45 immersions entre 1967 et 1969, principalement dans la fosse du Cap-Ferret.

« Ces déchets sont un legs de l'époque où l'on considérait l'océan comme une poubelle sans fond. Aujourd'hui, nous en mesurons les conséquences potentielles », a commenté le professeur Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions nucléaires. Les associations écologistes réclament depuis longtemps un inventaire précis et une surveillance accrue des sites.

Un risque de fuite à long terme

Les simulations menées par les chercheurs indiquent que si la corrosion se poursuit au rythme actuel, les premiers fûts pourraient libérer leur contenu dans un siècle. La radioactivité des déchets, principalement du césium 137 et du strontium 90, a une demi-vie de 30 ans, ce qui réduit le danger à long terme, mais les écosystèmes profonds pourraient être affectés.

« Les courants marins profonds sont lents, mais une fuite pourrait contaminer une zone étendue sur plusieurs années », a expliqué le Dr. Leclerc. L'équipe préconise un suivi régulier tous les cinq ans et l'étude de solutions de confinement complémentaire, comme l'ajout de couches de béton ou de résine.

Des implications politiques et juridiques

Cette découverte relance le débat sur la responsabilité des États dans la gestion des déchets historiques. La France a déjà reconnu sa part de responsabilité et participé au financement de programmes de surveillance. Toutefois, aucun fonds spécifique n'a été alloué pour le traitement de ces fûts. Le gouvernement français a annoncé la création d'une mission d'information parlementaire pour évaluer les risques et les coûts d'une éventuelle remontée des fûts.

« Il est hors de question de laisser ces déchets se dégrader sans rien faire. Nous devons agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard », a déclaré la ministre de la Transition écologique, Amélie de Montchalin. Les ONG environnementales, comme Greenpeace, appellent à un moratoire sur toute nouvelle immersion et à un plan international de nettoyage.

Des défis techniques pour une intervention

Intervenir à 5 000 mètres de profondeur représente un défi technologique et financier considérable. Le coût d'une opération de remontée des fûts est estimé à plusieurs centaines de millions d'euros. Les chercheurs explorent des alternatives, comme le recouvrement in situ par des dômes de protection ou l'utilisation de robots sous-marins pour colmater les fuites.

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« Nous devons développer des technologies adaptées à ces profondeurs extrêmes. C'est un investissement nécessaire pour éviter une catastrophe écologique », a souligné le Dr. Leclerc. La prochaine expédition est prévue pour 2028, avec pour objectif de prélever des échantillons de sédiments et d'eau à proximité immédiate des fûts.