El Niño : regarder sous la surface du Pacifique pour prévoir l'avenir
El Niño : sous la surface du Pacifique pour prévoir

Le phénomène climatique El Niño, qui influence les conditions météorologiques à l'échelle mondiale, ne se dévoile pas seulement à la surface de l'océan Pacifique. Selon Michael McPhaden, océanographe et climatologue à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, la clé pour anticiper son évolution réside dans l'observation des eaux profondes.

Un regard sous la surface

Dans un entretien accordé au Point, McPhaden explique que les prévisions actuelles d'El Niño se basent principalement sur les températures de surface de la mer. Cependant, ces mesures ne suffisent pas à prédire avec précision l'intensité et la durée du phénomène. « Pour voir l'avenir d'El Niño, il faut regarder sous la surface du Pacifique », insiste-t-il.

Les données recueillies par des bouées ancrées dans l'océan, notamment le réseau TAO/TRITON, montrent que la chaleur accumulée dans les couches profondes de l'océan joue un rôle déterminant. McPhaden précise que « la quantité de chaleur emmagasinée sous la surface peut être jusqu'à 100 fois supérieure à celle de la couche superficielle ». Cette chaleur profonde est un réservoir qui alimente El Niño et peut prolonger ses effets.

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Des prévisions plus fiables

Comprendre ces mécanismes permet d'affiner les modèles climatiques. McPhaden souligne que les prévisions à long terme, sur plusieurs mois, gagnent en précision lorsqu'elles intègrent les données de subsurface. « Nous avons constaté que les modèles incluant ces mesures réduisent l'erreur de prévision de 20 à 30 % », affirme-t-il.

Cette avancée est cruciale pour les régions vulnérables aux impacts d'El Niño, comme les sécheresses en Indonésie ou les inondations en Amérique du Sud. McPhaden rappelle que « des prévisions plus fiables permettent aux gouvernements de mieux se préparer et de limiter les dégâts humains et économiques ».

L'importance du réseau d'observation

Le réseau TAO/TRITON, déployé dans le Pacifique tropical, est essentiel pour collecter ces données. Composé d'environ 70 bouées, il mesure la température, la salinité et les courants jusqu'à 500 mètres de profondeur. McPhaden alerte toutefois sur le vieillissement de ce réseau : « Sans entretien régulier, nous risquons de perdre cette capacité d'observation unique. »

Le climatologue appelle à une coopération internationale renforcée pour maintenir et moderniser ces infrastructures. Il conclut : « Investir dans l'observation océanique, c'est investir dans notre capacité à anticiper les aléas climatiques. »

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