Les vagues de chaleur marines en Méditerranée provoquent des mortalités massives d'espèces et transforment les écosystèmes, selon une étude publiée par des chercheurs de l'Institut méditerranéen d'océanologie. « Nous sommes entrés dans un monde inconnu », déclare le biologiste marin Jean-Pierre Féral, co-auteur de l'étude.
Des températures records et des mortalités sans précédent
Entre 2015 et 2024, la température de surface de la Méditerranée a augmenté de 0,4 °C par décennie, soit trois fois plus vite que la moyenne mondiale. En juillet 2024, des pics à 30 °C ont été enregistrés dans le Golfe du Lion, provoquant la mort de 90 % des gorgones rouges entre 0 et 30 mètres de profondeur dans certaines zones.
« Nous avons observé des mortalités massives d'éponges, de coraux et d'oursins, avec des taux atteignant 100 % localement », précise Féral. Les herbiers de posidonies, essentiels pour la biodiversité, montrent également des signes de dépérissement avancé.
Des mécanismes d'adaptation limités
Les espèces méditerranéennes ont développé des adaptations historiques, mais la rapidité des changements dépasse leurs capacités. « Les vagues de chaleur durent plus longtemps et sont plus intenses. Les organismes n'ont pas le temps de s'acclimater », explique Féral. Les chercheurs estiment que 40 % des espèces de poissons et d'invertébrés pourraient disparaître d'ici 2050 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites.
Les herbiers de posidonies, qui stockent le carbone et protègent les côtes, ont vu leur superficie diminuer de 15 % en dix ans dans les zones les plus touchées. « C'est une perte irréversible à l'échelle humaine », ajoute le chercheur.
Des conséquences économiques et écologiques
La pêche est directement impactée : les captures de poissons commerciaux comme le merlu ou le rouget ont chuté de 30 % dans certaines régions. Le tourisme, pilier de l'économie locale, est également menacé par la dégradation des paysages sous-marins.
« Les plongées deviennent moins attractives, les plages sont envahies par les algues vertes dues à la pollution et à la chaleur », constate Féral. Les scientifiques appellent à une réduction urgente des émissions de CO2 et à la création de zones marines protégées renforcées.
Des solutions pour l'avenir
Des projets de restauration écologique, comme la transplantation de gorgones résistantes ou la réimplantation de posidonies, sont en cours, mais leur efficacité reste limitée face à l'ampleur du phénomène. « Nous devons agir sur la cause, pas seulement sur les symptômes », conclut Féral.
Les chercheurs insistent sur la nécessité d'une coopération internationale pour surveiller les écosystèmes et anticiper les crises. La Méditerranée, hotspot de biodiversité, est un laboratoire grandeur nature des impacts du changement climatique.



