Troisième canicule : comment les forêts françaises résistent-elles ?
Troisième canicule : les forêts françaises résistent-elles ?

Et de trois. Après celle de mai et de juin, une troisième canicule va probablement avoir lieu à partir de ce week-end. Si pendant ces vagues de chaleur, certains Français sont allés chercher quelques degrés de moins dans la végétation dense des forêts, comment ces espaces arborés supportent-ils ces températures extrêmes, auxquelles s’ajoute une sécheresse des sols dans un climat réchauffé ?

Pas de signes visuels de dépérissement

« À l’heure actuelle, on n’a pas observé ni de dessèchement foliaire, ni de mortalité de branches et encore moins de mortalité d’individus », souligne Sylvain Delzon, directeur de recherche en écophysiologie à l’Inrae Bordeaux, spécialisé dans la réponse des forêts au changement climatique. Cela s’explique d’abord par les réserves en eau dans le sol encore présentes en quantité suffisante, surtout en mai, moins en juin. « On n’observe pas de signes visuels de dépérissement sur les écosystèmes forestiers, contrairement aux écosystèmes agricoles où on observe des dégâts majeurs sur les cultures de printemps comme le maïs, le tournesol, le soja », poursuit-il.

Chute prématurée des feuilles : un mécanisme d'évitement

Quid de ces feuilles qu’on peut déjà voir tomber des arbres ? Nathalie Breda, directrice de recherche en écophysiologie et forestière à l’Inrae Grand-Est se veut rassurante. « Aussi spectaculaire que ce puisse être, cela n’est pas un indicateur de sévérité, la chute prématurée du feuillage en été ou un changement de couleur peut traduire une réponse d’évitement des arbres à la sécheresse. » Le dessèchement des feuilles apparaît lorsqu’il n’y a pas assez de transpiration qui permet de refroidir l’arbre.

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L'effet aggravant de la sécheresse

En revanche, ces canicules ont un effet indirect sur la sécheresse, puisqu’elles induisent une surconsommation d’eau par transpiration de la part des arbres, ce qui fait entrer l’écosystème dans une sécheresse plus précoce. Lors de la canicule de juin, alors que des records de température ont été battus, « celle-ci s’est produite sur des sols qui étaient beaucoup plus secs, précise Sylvain Delzon. Il n’y a quasiment pas eu de précipitation, mais il restait encore assez d’eau pour transpirer. » À 40 °C, la consommation en eau est de plusieurs centaines de litres pour un chêne adulte.

Problème : à force, le manque d’eau conduit à un dysfonctionnement hydraulique. « La plante va tirer de plus en plus fort sur la colonne d’eau pour l’absorber au niveau du sol et l’amener jusqu’aux feuilles. Il peut y avoir une rupture hydraulique, c’est ce qu’on appelle l’embolie vasculaire, un peu comme l’embolie pulmonaire, poursuit le chercheur. S’il y a des bulles d’air, le transport de l’eau est rompu et ça conduit à un dessèchement de certaines branches, un dessèchement foliaire. » La batterie de capteurs installés dans les forêts expérimentales de l’Inrae en Aquitaine montre que certaines espèces, comme le frêne, sont très proches du seuil de rupture.

Pas de processus de dépérissement immédiat

Va-t-on voir les forêts mourir ? A priori, non. En tout cas, pas tout de suite. Les dépérissements forestiers se produisent à la suite « d’interactions entre plusieurs aléas comme les sécheresses, des attaques de ravageurs, des fragilités des arbres, indique Nathalie Breda. Les vagues de chaleur seules ne vont pas enclencher le processus de dépérissements. » Ces dépérissements ont lieu dans un temps long. Il faudra donc attendre deux ou trois ans pour attribuer les mortalités à des épisodes de chaleur. « Les mortalités augmentent un, deux ou trois ans après la vague de chaleur et de sécheresse, comme après 2003 ou les sécheresses de 2018-2019 », poursuit la chercheuse.

Risque accru d'incendie

Surtout, avec ces aléas climatiques, les forêts sont plus susceptibles de brûler. « On est clairement dans une phase d’accélération des risques d’incendie de nos écosystèmes forestiers », assure Sylvain Delzon, en raison de l’absence de pluies significatives ces derniers mois et de la sécheresse du végétal. « Le risque d’incendie de forêt ne va plus être cantonné dans les zones historiquement concernées en région méditerranéenne », conclut aussi Nathalie Breda.

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