Le littoral de Sète et de Frontignan connaîtra des bouleversements majeurs d'ici à la fin du siècle. Selon les projections présentées par Sète Agglopôle Méditerranée, la pointe du Barrou, bande de terre avancée dans la lagune, pourrait disparaître presque totalement à l'horizon 2100, notamment dans un scénario de réchauffement de +4°C. Cette disparition entraînerait la perte de 15 hectares, de plus de 300 logements, du lycée de la Mer et du port conchylicole.
Les lidos de Frontignan et de Sète devraient être grignotés dès 2050, tandis que les Aresquiers, Frontignan Plage, la Grande Palude à Vic-la-Gardiole, ainsi que des maisons du quartier du Pont-Levis et de la rue des Loriots à Sète, seront partiellement ou totalement ennoyés à la fin du siècle ou au début du siècle suivant.
Une stratégie de transparence face aux risques
Loïc Linarès, président de Sète Agglopôle Méditerranée, a choisi d'assumer une communication ouverte sur ces risques : « J'ai fait le pari de dire "Ne cachons pas les choses, faisons confiance à l'intelligence collective" ». Il reconnaît mesurer « la défiance envers les élus et en même temps une très forte attente ». Selon lui, les solutions techniques ne résoudront pas tout : « Il nous faut revenir à de l'humilité, on ne peut pas tout maîtriser, on doit se questionner par rapport au vivant ».
Chaque territoire présente des spécificités. À Frontignan, la Gardiole offre un « rétro-littoral » permettant de relocaliser des habitations, contrairement à Palavas qui « a de l'eau devant et derrière », souligne Loïc Linarès.
Des projets d'adaptation et de reconstruction
Le Département de l'Hérault a lancé un concours baptisé « Habiter le littoral, demain ! », remporté par l'agence Archiles, qui propose des maisons sur pilotis, une transparence hydraulique et des passerelles en hauteur. Le site support était celui des Hierles à Frontignan. Des universitaires, comme Hélène Rey-Valette de l'université de Montpellier, ont piloté un guide national nommé « Agir autrement » pour co-construire des trajectoires d'adaptation.
Yvon Iziquel, chef de projet transition écologique à Sète Agglopôle Méditerranée, explique que « dans le scénario du pire, presque toute la pointe est sous l'eau, il faudra déconstruire, renaturer et reloger ». L'idée serait de rebâtir à la base de la pointe, en densifiant avec des constructions de R+2 maximum ou des extensions, car les riverains ont exprimé leur refus des grands immeubles.
Des conséquences pour la conchyliculture et l'avenir
« Le jour où le lido de Sète casse, l'étang devient la mer », résume Yvon Iziquel, ce qui signifierait la fin de la filière conchylicole telle qu'on la connaît. Des filières en mer existent déjà, notamment sur le port de Frontignan, mais la hausse des températures de l'eau pourrait affecter les espèces de coquillages et de poissons.
Yvon Iziquel souligne la position de l'État : « il n'y a pas d'argent pour indemniser les personnes et il ne s'agit pas d'un risque naturel mais d'un risque prévisible ». Il estime que « l'État sera obligé de créer un fonds », car « il est impossible pour les maires d'aller voir les gens en leur disant "Vous perdez tout c'est tant pis pour vous". La responsabilité est collective ».
Une étude menée par Urban Act pour Sète Agglopôle Méditerranée à Mèze-Loupian illustre l'adaptation : dans 60 ans, le camping Beau rivage aura les pieds dans l'eau, les habitations basses devront être rasées et leurs habitants relogés, tandis qu'une nouvelle zone conchylicole pourrait se développer. Dans 80 ans, cette zone pourrait continuer sa progression, et dans 100 ans, la zone basse sera complètement sous l'eau. Yvon Iziquel conclut : « Tout cela est vertigineux mais les conditions de vie vont devoir s'adapter et se réadapter régulièrement. Notre monde va changer parce que le milieu va changer à une allure qu'on n'a jamais connue ».



