La science française est en décrochage, et les faits sont là : l'érosion est bien réelle. Selon une étude de l'Académie des sciences publiée le 26 août 2026, la production scientifique de la France a diminué de 8 % entre 2019 et 2024, tandis que la moyenne mondiale a progressé de 12 % sur la même période. Ce constat, basé sur des données bibliométriques, confirme une tendance inquiétante pour la recherche française.
Des indicateurs en baisse
L'étude met en évidence plusieurs indicateurs négatifs. Le nombre de publications scientifiques françaises dans les revues internationales a chuté, passant de 120 000 en 2019 à 110 000 en 2024. La part de la France dans les publications mondiales est passée de 4,5 % à 3,8 % en cinq ans. De plus, le nombre de brevets déposés par des équipes françaises a diminué de 5 % entre 2020 et 2025, selon l'Office européen des brevets.
Le nombre de prix Nobel et de médailles Fields attribués à des chercheurs français a également chuté : seuls 2 prix Nobel et 1 médaille Fields ont été décernés à des Français entre 2020 et 2025, contre 5 prix Nobel et 3 médailles Fields entre 2010 et 2019. Ces chiffres, bien que fluctuants, reflètent une perte de visibilité internationale.
Des disparités disciplinaires
Tous les domaines ne sont pas également touchés. Les mathématiques et la physique théorique restent des points forts, avec une production stable et une reconnaissance internationale. En revanche, la biologie, la chimie et les sciences de l'environnement connaissent un recul marqué, avec des baisses de 10 à 15 % des publications.
L'étude souligne aussi que la France perd du terrain dans les collaborations internationales : le nombre de co-publications avec des équipes étrangères a augmenté de 6 %, mais cette croissance est inférieure à celle de pays comparables comme l'Allemagne (12 %) ou le Royaume-Uni (10 %). Les chercheurs français sont également moins présents dans les grands projets européens, comme Horizon Europe, où la France ne capte que 12 % des financements, contre 18 % pour l'Allemagne.
Des causes structurelles identifiées
L'Académie des sciences identifie plusieurs causes à cette érosion. Le manque de financement stable pour la recherche fondamentale est pointé du doigt, avec un budget qui stagne à 1,2 % du PIB, loin de l'objectif de 3 % fixé par l'Union européenne. La fuite des cerveaux est également évoquée : 15 % des doctorants français partent à l'étranger après leur thèse, et seulement la moitié reviennent.
Les conditions de travail des chercheurs, notamment la précarité des post-doctorants et la lourdeur administrative, sont aussi citées. Selon l'étude, la France compte 9 chercheurs pour 1 000 actifs, contre 14 en Allemagne et 12 aux États-Unis. « La recherche française souffre d'un sous-investissement chronique et d'une perte d'attractivité », a déclaré le président de l'Académie des sciences, Alain Fischer, dans un communiqué accompagnant l'étude.
Des pistes pour inverser la tendance
L'étude propose plusieurs recommandations pour redresser la barre. Elle préconise une hausse significative du budget de la recherche, avec un objectif de 2,5 % du PIB d'ici 2030, et une simplification des procédures de financement. Elle suggère aussi de renforcer les liens entre les universités et les organismes de recherche, comme le CNRS ou l'INSERM, et de mieux valoriser les carrières des jeunes chercheurs.
Enfin, l'Académie appelle à une stratégie nationale de science ouverte et de partage des données, pour améliorer la visibilité des travaux français. « Il est encore temps d'agir, mais il faut une volonté politique forte », conclut Alain Fischer. La France devra redoubler d'efforts pour retrouver sa place dans le peloton de tête de la recherche mondiale, face à des concurrents comme la Chine, qui a augmenté sa production scientifique de 25 % depuis 2019.



