Depuis des décennies, ils vivent au rythme de la Cèze. Témoins privilégiés de son évolution, les pêcheurs de l’AAPPMA de Bagnols-sur-Cèze s’inquiètent du réchauffement des eaux, de la disparition de certaines espèces et de la dégradation d’un milieu auquel ils sont profondément attachés. « On n’a pas le plaisir de la pêche car tout l’écosystème souffre », résume Henri Jouve, président de l’association.
Une rivière fatiguée
Il fait déjà chaud en cette matinée d’été. Il est 9 h 05 au parc Arthur-Rimbaud de Bagnols-sur-Cèze quand Henri, Serge et Gérard se dirigent vers la Cèze, rivière qu’ils apprécient tant. Tous trois membres de l’AAPPMA (Association agréée pour la pêche et la protection du milieu aquatique) de Bagnols-sur-Cèze, l’une des 22 présentes sur le territoire gardois, ils la connaissent bien cette rivière. Pêchant aux bords de la Cèze depuis 1973, Gérard Matet, secrétaire de l’association, fait part de sa consternation : « Je viens ici depuis que je suis petit. On pêchait tout un tas de brochets, de carpes, de sandres… Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une pauvre rivière fatiguée. » En effet, la température de l’eau augmente, causant par ricochet un manque d’oxygène pour les poissons qui, eux, sont contraints de migrer vers des espaces plus frais.
Disparition d’espèces emblématiques
Le chevesne, autrefois abondant, est désormais rare. « Le chevesne était à titre d’exemple une espèce commune qu’on avait tendance à mépriser car abondante. Désormais, on ne le voit presque plus », constate Henri Jouve. La pêche, pour ces hommes, est bien plus qu’un loisir : « La pêche, c’est avant tout un plaisir. Se lever à cinq heures du matin, venir aux bords de la Cèze voir le soleil se lever, les oiseaux chanter, les poissons s’agiter, la nature se réveiller. C’est plus qu’une passion, c’est une vie. Et ce plaisir, on le perd car on voit avec consternation que tout l’écosystème souffre. On est très inquiets pour la suite. » Ces témoignages illustrent un déclin généralisé de la biodiversité aquatique dans le Gard.
Des actions de protection insuffisantes
Chaque pêcheur est contraint de détenir un permis, « une nécessité car le pêcheur veille avant tout à la préservation et à la protection du patrimoine piscicole, une mission d’intérêt général », insiste Gérard. Les membres de l’AAPPMA participent à des ateliers d’initiation à la pêche pour les écoliers sur la passerelle de Carmignan, « une belle opportunité de montrer notre passion et de sensibiliser les plus jeunes sur les usages de la pêche », indique Henri. Cependant, les actions d’empoissonnement – lâchers de truite quatre fois par an – ne suffisent pas à maintenir le cheptel. « On a beau faire des lâchers de truite quatre fois par an, on ne parvient pas à maintenir le cheptel », regrette-t-il. La France compte près d’1,5 million de pêcheurs, dont 14 000 dans le Gard, et leur rôle de sentinelles de l’environnement devient crucial.
Un stress thermique inédit
La Cèze subit actuellement un stress thermique précoce. « On n’a jamais vu cette situation à la mi-juillet depuis des années », prononce Serge Cottray, membre de l’association. Henri Jouve réclame « une réelle prise de conscience par les dirigeants du risque climatique que feront face nos petits-enfants ». Alors que la saison estivale n’est pas propice à la pêche, les trois hommes attendent les prochains résultats du SDAGE (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) qui seront publiés en 2027, en ce qui concerne l’aval de la Cèze, mais aussi la Tave et la Vionne, « deux ruisseaux de première catégorie qui souffrent tout autant que la Cèze », conclut Gérard. Ce plan d’action régional pourrait déterminer des mesures de gestion plus strictes pour restaurer la qualité de l’eau et les habitats piscicoles.
Des perspectives incertaines
Les pêcheurs de Bagnols-sur-Cèze tirent la sonnette d’alarme. La hausse des températures, la diminution des débits estivaux et l’eutrophisation progressive de la rivière sont autant de symptômes d’un changement climatique qui affecte directement leur passion. Selon des études locales, la température moyenne de l’eau de la Cèze a augmenté de près de 2°C en vingt ans, réduisant l’oxygène dissous et favorisant les espèces invasives. Si aucune action ambitieuse n’est entreprise, les générations futures risquent de ne connaître la richesse piscicole de la région que dans les récits des anciens. Les associations de pêche, en première ligne, continuent de militer pour une gestion durable de la ressource en eau et une protection renforcée des milieux aquatiques.



