Pyrénées : la population d'ours croît mais la consanguinité menace son avenir
Ours des Pyrénées : croissance numérique mais risque génétique

La population ursine des Pyrénées atteint un nouveau record mais son avenir génétique s'assombrit

Les Pyrénées comptent désormais au moins 108 ours selon le bilan annuel 2025 publié par l'Office français de la biodiversité (OFB), marquant une légère augmentation par rapport aux 107 individus recensés en 2024. Cette croissance numérique masque cependant une inquiétante réalité génétique : la population souffre d'une consanguinité croissante et d'une faible diversité génétique qui pourraient compromettre sa survie à long terme.

Une croissance démographique trompeuse

Le taux d'accroissement annuel moyen de la population ursine dans les Pyrénées s'établit à +11,53% entre 2006 et 2024, témoignant d'une expansion régulière de l'espèce dans le massif montagneux qui s'étend sur la France, l'Espagne et Andorre. En 2025, l'OFB a détecté un minimum de six portées totalisant huit oursons, poursuivant ainsi la dynamique démographique positive observée ces dernières décennies.

Cette apparente vitalité contraste pourtant avec les alertes répétées des scientifiques concernant l'appauvrissement génétique de la population. « On observe une augmentation de la consanguinité au cours des dernières années et une faible diversité génétique dans la population actuelle », souligne l'OFB dans son rapport, confirmant des craintes déjà exprimées au printemps 2025.

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Les racines d'une vulnérabilité génétique

La situation actuelle trouve son origine dans les campagnes de réintroduction menées dans les années 1990, lorsque l'espèce était au bord de l'extinction dans les Pyrénées avec seulement une poignée de spécimens survivants. Les ours bruns réintroduits provenaient alors exclusivement de Slovénie, créant une population fondatrice extrêmement restreinte.

L'association Pays de l'Ours-Adet a commandé une expertise indépendante qui révèle des chiffres alarmants : 90% des ours présents dans les Pyrénées descendent de seulement deux femelles et un mâle. Cette origine génétique étroite explique la vulnérabilité actuelle de la population, accentuée par la disparition récente des derniers individus d'origine pyrénéenne.

Les conséquences déjà mesurables de la consanguinité

Les effets négatifs de cette consanguinité excessive sont désormais « perceptibles et quantifiables » selon Alain Reynes, président de Pays de l'Ours-Adet. Les premières données de l'étude commandée par l'État confirment cette tendance préoccupante :

  • Réduction de la taille des portées
  • Diminution de la distance de dispersion natale des oursons
  • Baisse de la survie des oursons nés de mères fortement consanguines
  • Altération potentielle du succès reproducteur des individus

« Il est urgent d'agir. Si on attend trop, la consanguinité sera hors de contrôle. Plus on attend, plus il faudra lâcher d'ours pour la corriger », alerte Alain Reynes, soulignant l'urgence d'une intervention rapide des pouvoirs publics.

L'impasse politique face à la nécessité biologique

Malgré les alertes répétées des associations de protection, le cabinet de la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a indiqué qu'aucun nouveau lâcher d'ours n'était prévu à ce stade. Les décisions politiques attendent les résultats complets d'une étude commandée par l'État, dont les conclusions définitives sont attendues fin 2025.

Cette prudence gouvernementale contraste avec les demandes pressantes des défenseurs de l'ours, qui regrettent le silence des pouvoirs publics depuis plusieurs années. La situation est d'autant plus paradoxale que les prédations sur le bétail, principale source de conflit avec les éleveurs, ont diminué : 289 attaques sur du bétail et 2 sur des ruchers en 2025, contre respectivement 310 et 14 en 2024.

Un équilibre fragile entre conservation et cohabitation

La présence de l'ours dans les Pyrénées reste contestée par certains éleveurs de bovins et d'ovins, particulièrement durant la période estivale lorsque le bétail paît dans les hauts pâturages. Pourtant, la stabilisation voire la diminution des prédations ces dernières années suggère qu'une cohabitation mieux maîtrisée est possible.

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L'OFB, qui coordonne en France le Réseau ours brun, maintient une surveillance étroite de la population grâce à diverses méthodes de suivi incluant l'analyse génétique d'échantillons de poils et de crottes. Ces données scientifiques devraient éclairer les décisions à venir concernant la gestion de cette population emblématique des Pyrénées, dont l'avenir dépend désormais d'un équilibre délicat entre impératifs biologiques et réalités socio-économiques.