Un botaniste amateur a retrouvé dans la Sarthe la nigelle des champs (Nigella arvensis), une plante messicole considérée comme disparue du département depuis près de 150 ans. La découverte a été confirmée par le Conservatoire botanique national du Bassin parisien (CBNBP).
Une plante messicole emblématique redécouverte
La nigelle des champs est une plante annuelle à fleurs bleues, autrefois commune dans les moissons de blé et autres céréales. Elle a fortement régressé au XXe siècle en raison de l'évolution des pratiques agricoles, notamment l'usage d'herbicides et le tri des semences. Selon le CBNBP, la dernière observation certifiée de cette espèce dans la Sarthe remontait à 1875.
Le spécimen a été découvert le 7 juillet 2025 par un promeneur passionné de botanique, dans une parcelle de céréales en agriculture biologique, située sur la commune de Saint-Gervais-en-Belin. La plante a été identifiée grâce à ses caractéristiques morphologiques distinctives, puis la trouvaille a été validée par les experts du conservatoire.
Un espoir pour la biodiversité des champs
« C'est une incroyable nouvelle pour la botanique régionale », a déclaré un représentant du CBNBP, cité par Libération. « Cette réapparition montre que certaines espèces messicoles peuvent survivre dans des micro-habitats favorables, notamment dans les parcelles cultivées sans produits chimiques. »
La nigelle des champs fait partie des plantes dites messicoles, c'est-à-dire inféodées aux cultures céréalières. Leur déclin est considéré comme un marqueur de l'érosion de la biodiversité ordinaire. En France, plusieurs espèces messicoles sont classées sur la liste rouge régionale des plantes menacées.
Le botaniste amateur, qui souhaite conserver l'anonymat, a expliqué avoir repéré la plante alors qu'il effectuait un inventaire participatif dans le cadre du programme « Sauvages de ma rue ». Il a immédiatement contacté le CBNBP pour faire expertiser sa découverte.
Un signal pour l'agriculture durable
Cette redécouverte intervient dans un contexte de prise de conscience croissante de l'importance des plantes messicoles pour la biodiversité des agroécosystèmes. Selon le CBNBP, la présence de la nigelle des champs dans une parcelle bio « démontre que les pratiques agricoles respectueuses de l'environnement peuvent favoriser le retour d'espèces disparues localement ».
L'agriculteur exploitant la parcelle concernée, interrogé par Libération, s'est dit « très fier » que sa terre ait permis cette résurgence. Il pratique l'agriculture biologique depuis 15 ans et n'utilise aucun herbicide. « C'est une récompense pour tout le travail de préservation de la biodiversité qu'on essaie de mener », a-t-il confié.
Le CBNBP prévoit désormais un suivi de la population de nigelles des champs sur le site, afin d'évaluer sa pérennité et d'étudier les conditions de son maintien. Des prospections complémentaires seront menées dans les parcelles voisines pour déterminer si d'autres stations existent dans le secteur.
Cette découverte pourrait relancer les programmes de conservation des messicoles dans la région Pays de la Loire, où plusieurs espèces sont en danger critique d'extinction. Le conservatoire envisage de proposer des mesures de gestion adaptée aux agriculteurs volontaires, comme le retard du premier désherbage ou le maintien de bandes enherbées non traitées.



