L’une des grandes énigmes de la biologie des tortues concernait le devenir des jeunes de l’Atlantique Nord après leur première entrée dans l’océan. Il est désormais établi que, durant ce que l’on appelait autrefois les « années manquantes », les jeunes tortues se dirigent instinctivement vers la mer des Sargasses, une région où les algues du genre Sargassum sont abondantes. Elles y trouvent une importante source de nourriture, composée d’invertébrés et de petits poissons, ce qui leur permet de grandir dans un environnement particulièrement favorable.
Retour au lieu de naissance
Les tortues marines sont des animaux à longue espérance de vie. Une femelle doit généralement attendre une vingtaine d’années, voire davantage, avant d’être en mesure de s’accoupler et de pondre pour la première fois. Fait remarquable, lorsqu’elle atteint sa maturité sexuelle, elle retourne sur la plage où elle est née, parfois plusieurs décennies plus tôt, pour y déposer ses œufs sous le couvert de l’obscurité.
C’est pourquoi la protection des plages de ponte est essentielle. Dans de nombreuses régions du monde, ces sites subissent la pression de l’urbanisation et des projets touristiques, tels que la construction d’hôtels ou d’infrastructures de loisirs. La destruction de l’habitat n’est toutefois pas la seule menace. Lorsque les jeunes tortues émergent de leur nid, généralement la nuit, elles peuvent être désorientées par l’éclairage artificiel des rues, des bâtiments ou des complexes touristiques. Attirées par ces lumières, elles s’éloignent parfois de la mer au lieu de la rejoindre rapidement pour échapper à des prédateurs tels que les goélands ou certains grands lézards.
Des menaces permanentes
Autrefois fortement exploitées pour leur carapace ou leur chair, les tortues marines demeurent aujourd’hui confrontées à de nombreuses menaces. L’écaille de tortue, par exemple, était fabriquée à partir de la carapace de la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata), tandis que la soupe de tortue était considérée comme un mets de choix dans plusieurs régions du monde.
Aujourd’hui, la pollution plastique constitue l’un des principaux dangers. Certaines espèces confondent les sacs plastiques flottant à la surface de l’eau avec des méduses, qui représentent une part importante de leur alimentation. L’ingestion de ces déchets peut provoquer des occlusions intestinales souvent mortelles. Le stress environnemental accru semble également favoriser l’apparition de certaines maladies, notamment la fibropapillomatose, une affection associée à un herpès virus qui provoque le développement de tumeurs parfois importantes sur le corps des tortues.
Par ailleurs, de nombreuses tortues meurent chaque année après s’être retrouvées piégées dans des engins de pêche. Incapables de remonter à la surface pour respirer, elles finissent par se noyer.
Un régime alimentaire varié
La plus grande espèce actuelle est la tortue luth (Dermochelys coriacea), reconnaissable non seulement à sa taille impressionnante, mais aussi à sa carapace dépourvue d’écailles dures, dont l’aspect évoque le cuir. Les scientifiques pensent que sa grande taille et certaines adaptations physiologiques lui permettent de conserver efficacement sa chaleur corporelle, ce qui l’autorise à fréquenter des eaux plus froides que la plupart des autres tortues marines.
Si les tortues luths se nourrissent principalement de méduses, le régime alimentaire des tortues marines varie considérablement selon les espèces. Les jeunes tortues vertes (Chelonia mydas) deviennent progressivement herbivores en grandissant et se nourrissent principalement d’herbes marines. Les mâchoires étroites des tortues imbriquées leur permettent d’extraire les éponges dissimulées dans les récifs coralliens, tandis que les caouannes (Caretta caretta) brisent coquillages et crustacés grâce à leurs puissantes mâchoires.



