Dans les Hauts Cantons de l'Hérault, la mémoire du charbon reste vive. D'anciens mineurs, réunis autour de l'association Les derniers mineurs des Hauts Cantons, témoignent de la solidarité et de la fraternité qui unissaient les hommes. « La mine, c'était une famille ! La solidarité et la fraternité, à l'époque, n'étaient pas de vains mots », affirment-ils avec fierté.
Un dur labeur dans les entrailles de la terre
Roger Cassandre se souvient de son premier jour au fond, au puits Padène en 1944, à l'âge de 14 ans et demi. « J'y suis entré comme si je rentrais chez moi », confie-t-il, sans peur ni appréhension. Serge Kriket, président de l'association, nuance : « Bien sûr, ce que l'on a vécu était bien différent de ce qu'ont connu nos parents et grands-parents. »
Le travail n'en était pas moins pénible. Les mineurs, qu'ils soient électriciens, conducteurs de locomotive, piqueurs ou boute-feu, descendaient dans le noir et la chaleur, qui pouvait monter jusqu'à 40 °C. Ils subissaient le fracas des concasseurs et des marteaux-piqueurs, ainsi que la poussière de silicose. « On a longtemps foré à sec, ce qui dégageait beaucoup de poussière. Ensuite, les engins ont été équipés d'injecteurs d'eau. Mais je me souviens d'un ouvrier Polonais qui préférait piquer à sec car ça allait plus vite et qui disait : Moi la poussière, je la mange », relate Serge Kriket.
Des souvenirs gravés dans la roche
Le puits hélicoïdal de la mine Durand, à Camplong, qui descendait à 111 m de profondeur, reste dans les mémoires. « On avait une pétoche de tous les diables quand il fallait descendre en rappel, arrimé à un câble, pour réparer les écailles », se rappellent-ils. Les mineurs du Bousquet-d'Orb, jusque dans les années 1960, rejoignaient ce puits en gravissant les flancs abrupts de la colline, dans le noir complet, à la seule lueur de leur lampe frontale. « Depuis le village, on voyait la montagne s'illuminer, c'était impressionnant. »
Soudés dans l'adversité, « quand une machine était en panne ou qu'un wagonnet déraillait, il y avait toujours quelqu'un pour prêter main-forte », ces mineurs l'affirment avec fierté : « C'était un beau métier quand même. »
Un métier bien payé, une vie organisée
Le métier était bien payé, au prix de nombreuses luttes sociales, et octroyait de nombreux avantages : visites médicales gratuites, jardins ouvriers, colonies de vacances. « D'ailleurs, à l'époque, on disait : femme de mineur égale femme de seigneur ! »
Reclassés dans diverses entreprises au moment de la fermeture par Charbonnages de France, Daniel, Jean-Marc, Alain, Guy, Eric ou Richard n'ont jamais retrouvé l'esprit de corps qui prévalait chez les mineurs de fond. Leur seul regret : « Que tout ait été rasé, comme si on voulait faire disparaître le passé. »
L'âge d'or industriel de Graissessac
La richesse géologique des monts du Pays d'Orb est attestée depuis le Moyen Âge. À certains endroits, le charbon affleure, comme sur la falaise de la Padène. Dès 1769, les premières concessions sont attribuées, permettant à l'industrie de la clouterie de prospérer avec jusqu'à 100 ateliers pour une production de 8 millions de clous par an.
Au XIXe siècle, la Révolution industrielle et l'arrivée du chemin de fer accélèrent la cadence. Des puits comme Sainte-Barbe, Simon, Eugène ou Padène sont creusés. Le charbon est d'excellente qualité, peu soufré, mais très grisouteux. En 1877, un coup de grisou au puits Sainte-Barbe cause la mort de 47 mineurs. Au total, le site a produit 22,7 millions de tonnes. L'activité s'arrête au milieu des années 1960, mais l'extraction se poursuit à ciel ouvert jusqu'à la fin des années 1980.



