Fréjus et Saint-Raphaël : les espaces verts s'adaptent au climat
Espaces verts : adaptation climatique à Fréjus et Saint-Raphaël

Entre adaptation climatique et gestion de l'eau, les services des espaces verts de Fréjus et Saint-Raphaël dévoilent leurs stratégies pour une saison estivale fleurie et durable.

Tandis que la brise printanière caresse encore les rivages de l'Est-Var, une effervescence silencieuse s'est emparée des serres et des massifs. À Saint-Raphaël comme à Fréjus, le promeneur ne perçoit souvent que l'éclat final d'un parterre de géraniums ou la fraîcheur ombragée d'un square. Pourtant, derrière ce décor immuable de carte postale, s'opère une mutation profonde, presque une révolution de velours. Face aux assauts répétés d'un ciel de plus en plus avare de ses larmes et d'un soleil qui brûle déjà les certitudes d'antan, les directeurs des espaces verts sont devenus les nouveaux alchimistes de la ville. Ici, on ne se contente plus de planter : on anticipe, on adapte, on réinvente. Entre la recherche d'essences résilientes et l'art délicat de l'économie d'eau, plongée au cœur des coulisses de ceux qui, chaque jour, dessinent le visage de notre futur climatique.

À Saint-Raphaël : une révolution amorcée en 2023

Sylvie Blanc, adjointe au maire déléguée à l'écologie et aux espaces verts, et Nicola Petrarca, directeur du service des espaces verts et paysagiste de formation, retiennent avant tout une date clef dans l'évolution du service : l'année 2023. « La production florale en serre a changé à la suite des fortes contraintes climatiques de cette année-là. Il y avait eu un arrêté sécheresse qui a longtemps perduré et qui nous avait contraint à sacrifier une bonne partie des plants, on les avait donnés à la population... On a donc fait par la suite le choix d'adapter nos pratiques plutôt que de maintenir le modèle qu'on avait, trop consommateur en eau et en énergie. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Plus de serre municipale, mais les équipes avaient plus d'un tour dans leur sac : « Elles vont désormais privilégier le bouturage, le rempotage des plantes déjà présentes et l'entretien des différents végétaux, c'est le gros du travail des espaces verts », résume l'élue, expliquant la démarche globale du service, « plus durable, plus résiliente ». L'objectif étant de « garder une ville fleurie toute l'année », les végétaux sont « de plus en plus de type méditerranéen », utilisant également des « techniques de paillage – fait en partie avec les végétaux coupés par nos jardiniers en ville ou en provenance des déchets verts – pour conserver l'humidité des sols », et au moyen d'un système d'arrosage « moins gourmand en eau ».

Éviter les îlots de chaleur

La commune a une superficie de presque 90 km² parmi lesquels 0,3 km² d'espaces verts, ou trente hectares – dont 1 000 m² d'espaces fleuris – qui occupent un peu plus d'une quinzaine de personnes du service municipal. « Les jardiniers de la Ville, par le passé, étaient habitués à des saisons bien marquées, avec deux périodes de fleurissements en octobre et en mai, puis le reste de l'année, c'était de l'entretien, explique Nicola Petrarca. De nos jours, c'est un travail qui prend tout au long de l'année, avec un fleurissement continu. » Graminées, herbacées, arbres fruitiers... La façon de planter change : « en hiver, ce sont les arbres, ensuite les arbustes au début du printemps, etc. » Les couleurs s'enchaînent de janvier à décembre – avec toutefois une partie horticole, « on garde une bonne partie d'espaces fleuris, ça marque la saison malgré tout, notamment sur des sites emblématiques ».

En somme, les végétaux choisis, depuis quelques années, « sont adaptés au climat et moins consommateurs en eau ». D'une année à l'autre, le besoin en eau a baissé « de 30 % par exemple l'an dernier ». Le système de paillage « permet d'éviter l'évaporation de l'eau » et de larges copeaux, désormais, « occupent quasiment tous les ronds-points de la ville plutôt que des graviers de pouzzolane bien chauds l'été, évitant ainsi les îlots de chaleur ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

À Fréjus : des massifs autonomes en eau

Même souci d'adaptation climatique et de gestion de l'eau du côté de la ville romaine, comme l'indiquent Marcel Sabbah, adjoint au maire de Fréjus, Emmanuel Porre, directeur des services techniques, Benoît Duveau, directeur des interventions techniques et Loïc Pollart, spécialiste des espaces verts. « Comme à Saint-Raphaël, avec les années, les pratiques ont évolué dans le bon sens, notamment avec les différents arrêtés préfectoraux, détaille Emmanuel Porre. La Ville de Fréjus s'adapte au changement climatique sur tous les aménagements. Je citerai par exemple, sur des giratoires récents, l'installation de plantes qui résistent aux chaleurs et nécessitent moins d'eau, ou encore des paillages, du minéral plutôt que des pelouses. Et des massifs que l'on veut pérennes et autonomes en eau : ainsi près du lycée Albert-Camus, sur les bas-côtés et sur le giratoire, vous avez des plantes grasses et du paillage minéral. Il y a certes encore des zones alimentées par de l'arrosage ou du goutte-à-goutte, mais on a des compteurs communicants, on a des alertes quand il y a surconsommation, et une vigilance constante pour la moindre fuite qui pourrait arriver. »

Outre l'aspect environnemental, il y a bien sûr aussi l'aspect financier. « La maîtrise des coûts guide également nos actions », assurent-ils. Et côté espèces végétales de plus en plus utilisées, « nous nous orientons vers des plantes endémiques – cystes, genêts, lavandes – dans l'Estérel pour former en ville des massifs similaires, assure Loïc Pollart. Et on cible désormais l'arrosage, c'est-à-dire qu'on essaie de supprimer, à certains endroits, l'arrosage par aspersion – sur nos pelouses et nos massifs par le passé. Aujourd'hui, on fait du goutte-à-goutte ciblé pour les petites plantes, et du RWS (1) pour les arbres qu'on replante : zéro déperdition d'eau... »

Végétaux dépourvus d'arrosage

Le paillage de bois BRF (2) est aussi utilisé par le service des espaces verts car « il permet de bien retenir l'humidité au sol. Et sous ce BRF, on installe un géotextile tissé qui permet aussi de retenir l'eau et limite la pousse d'herbes indésirables, alimentant en eau uniquement les végétaux qu'on plante, continue Loïc Pollart. On arrive aujourd'hui à créer des massifs entièrement constitués de végétaux dépourvus d'arrosage : le rond-point Arnaud-Beltrame, aux abords de la place Clemenceau, au giratoire devant la Villa Marie, à celui de la rue du Dr Donnadieu, à celui devant la mairie annexe de la Tour-de-Mare, etc. »

Agaves, aloès, yuccas, senecios font ainsi partie du décor fréjusien, tout comme les paillages aux couleurs de l'Estérel (par exemple tuile concassée et donc orangée) et se constatent tout au long de l'année, de janvier à décembre. « Nous maintenons une culture horticole que nous délocalisons à des confrères ; on est toutefois passé de 30 000 plantes par an (gourmandes en eau) à 16 000 plantes à l'année. Elles font toutefois toujours plaisir à voir, on ne les supprime pas totalement, même s'il y a eu basculement vers des plantes plus adaptées au climat actuel ».

1. Le Root water system (RWS) permet à l'eau, à l'oxygène et aux nutriments essentiels de contourner le sol compacté et d'atteindre directement les systèmes racinaires des arbres et des arbustes.

2. Bois raméal fragmenté.