Depuis 2006, le chancre coloré a décimé 34 000 platanes sur les berges du canal du Midi, soit plus des trois quarts des 42 000 arbres plantés au XIXe siècle. Malgré la replantation de 22 400 arbres, la maladie, incurable et propagée par un champignon, reste une priorité pour les acteurs locaux, dont les Voies navigables de France (VNF).
Un bilan contrasté après 20 ans de lutte
Le chancre coloré, causé par le champignon Ceratocystis platani, a été détecté pour la première fois sur les berges du canal en 2006. Depuis, les équipes de VNF et les collectivités locales mènent une guerre sans merci contre cette épidémie, qui ne s'attaque qu'aux platanes.
Amélie Saillau, chargée d'opération aux VNF, dresse un bilan en constante évolution : « On a replanté 22 400 arbres sur plus de 150 sites et posé 1 800 nichoirs. » Au total, VNF annonce avoir restauré 83 kilomètres de berges sur les plus de 230 touchées par le champignon.
À la tête du projet de restauration de la voûte arborée du canal, mis en place dans le cadre du projet de replantation engagé par VNF en 2012, elle gère la replantation des jeunes arbres, qu'il s'agisse de platanes ou de chênes chevelus, et leur suivi. « Planter l'arbre après l'abattage n'est que le haut de l'iceberg. Ensuite, il faut réaliser un suivi, entretenir, suivre les maladies… », détaille-t-elle. Cette traçabilité dure une quinzaine d'années, période minimum pour obtenir la maturité de l'arbre.
L'abattage, seule issue face à la maladie
En milieu aquatique, le champignon se propage plus rapidement, rendant les berges sujettes à ce type d'épidémie. La plupart du temps, il s'infiltre dans l'arbre par une plaie, contamine les canaux de sève et finit par l'asphyxier. Les symptômes incluent des lésions violettes, un jaunissement des feuilles ou un dessèchement des branches.
Les moyens de lutte sont limités. « Pour l'éradiquer, il faut brûler le bois infecté. De notre côté, on applique la réglementation nationale et européenne en vigueur. Aujourd'hui, la seule solution est d'abattre les arbres », explique Amélie Saillau.
En janvier 2025, un arrêté ministériel a balisé le terrain, prévoyant notamment l'abattage préventif des arbres situés à proximité d'arbres infestés. Cette réglementation implique d'abattre sur 35 kilomètres à la ronde, car la sève contaminée « passe d'un platane à l'autre par les racines », précise l'ancienne maîtresse d'œuvre paysagiste.
Un combat pour les générations futures
Impliquée dans la lutte depuis plusieurs années, Amélie Saillau rappelle que son quotidien est motivé par une volonté de « travailler pour les générations futures, pour la biodiversité, et les plantations ». Elle souligne également que le dérèglement climatique a un impact direct sur la propagation du chancre, en particulier « la chaleur des rayons du soleil, les sécheresses et la pluviométrie très basse » qui favorisent la propagation du champignon.
Le canal du Midi, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1996 et construit à la fin des années 1660, reste l'un des joyaux de la biodiversité locale. La préservation de ses berges est donc une urgence absolue pour les acteurs locaux.
Qu'est-ce que le chancre coloré ?
Le chancre coloré est une maladie vasculaire incurable propagée par le champignon Ceratocystis platani. Il entraîne le dépérissement des platanes. En Occitanie, les premiers cas ont été découverts en 2006 à Villedubert, dans l'Aude.
Le champignon est arrivé en France en 1945, infiltré dans le bois infecté de caisses de munitions américaines posées contre le tronc d'un platane à Marseille. Depuis, il s'est propagé dans le sud-est, puis dans plusieurs régions : Pays de la Loire, Nouvelle-Aquitaine, Île-de-France, Corse. À l'échelle mondiale, on le trouve aux États-Unis, en Italie ou encore en Arménie.
Aujourd'hui, seuls l'abattage et l'incinération des arbres infectés sont considérés comme des solutions efficaces pour lutter contre cette épidémie.



