Le 23 juin dernier, Marc Bloch (1886-1944) a fait son entrée au Panthéon, consacrant ainsi la mémoire d'un intellectuel majeur du XXe siècle. Avant de s'engager dans la Résistance et de mourir fusillé, ce médiéviste de renommée internationale avait cofondé la revue des Annales, bouleversant les méthodes traditionnelles de l'histoire. Aujourd'hui, l'historien Florian Mazel, coéditeur de l'ouvrage collectif Marc Bloch. L'histoire en résistance (Seuil, mars 2026), revient sur l'originalité de son aîné et sur sa place dans les débats historiographiques contemporains.
Une approche transdisciplinaire pionnière
Dans les années 1920-1930, Marc Bloch innove en recourant à des sources non littéraires pour étudier la société féodale : archéologie, planimétrie, numismatique ou encore sigillographie (l'étude des sceaux). Cette méthode, alors inhabituelle, lui permet d'appréhender son objet d'étude sous tous les angles, bien au-delà des seuls textes officiels. Florian Mazel souligne que Bloch se revendiquait autant sociologue qu'historien, une double casquette qui a nourri sa réflexion sur les relations humaines.
Une vision sociale novatrice
Pour Bloch, « ce sont les relations d'homme à homme qui font société », explique Florian Mazel. Cela inclut les liens entre seigneurs et vassaux, comme le décrit l'histoire classique et institutionnelle, mais aussi les relations familiales, entre pères et fils, hommes et femmes. Cette approche élargit considérablement le champ de l'histoire sociale et a influencé des générations de chercheurs.
Un héritage toujours vivant
L'ouvrage Marc Bloch. L'histoire en résistance, paru en mars 2026 aux éditions Seuil, rassemble les contributions de plusieurs spécialistes. Il vise à éclairer l'actualité de la pensée de Bloch, alors que les débats sur la méthode historique restent vifs. Le podcast « Les grands entretiens de Storiavoce », animé par Christophe Dickès, propose également une exploration approfondie de la question : « Comment Marc Bloch a révolutionné l'histoire ? ».
Une consécration symbolique
L'entrée au Panthéon de Marc Bloch, le 23 juin dernier, a été saluée comme un hommage à la fois à l'historien et au résistant. Elle intervient dans un contexte de réflexion sur l'engagement des intellectuels et sur le rôle de la recherche historique dans la construction de la mémoire collective. La cérémonie a été l'occasion de rappeler l'importance de son œuvre, de La Société féodale à L'Étrange Défaite, en passant par Apologie pour l'histoire.
Une influence durable sur l'historiographie
L'héritage de Marc Bloch dépasse largement le cadre de la médiévistique. Sa conception d'une histoire-problème, ouverte aux autres sciences sociales, a profondément marqué l'école des Annales et, au-delà, l'historiographie mondiale. Florian Mazel insiste sur le caractère précurseur de sa démarche, qui anticipait les approches interdisciplinaires aujourd'hui courantes. Pour les jeunes historiens, Bloch demeure une référence incontournable, tant par sa rigueur méthodologique que par son exigence civique.



