Canicule en Méditerranée : des eaux à 27°C aux effets dévastateurs
Canicule en Méditerranée : des eaux à 27°C aux effets dévastateurs

Les eaux de surface de la mer Méditerranée ont grimpé d'un degré Celsius par jour depuis dix jours sous l'effet de la canicule, atteignant 27°C sur le littoral marseillais ce jeudi, après avoir péniblement atteint 20°C le 15 juin dernier. Cette amplitude inquiète les scientifiques.

Trois effets d'une mer plus chaude

Philippe Drobinski, climatologue et directeur de recherche au CNRS, explique à 20 Minutes qu'une mer plus chaude a trois effets. « L'excédant thermique inhibe la brise de nuit et donc le refroidissement nocturne, ce qui explique que nous ayons des températures tropicales. » Autrement dit, « l'effet climatiseur se réduit », la nuit mais aussi en journée « avec un écart de température mer-terre réduit ce qui affaiblit la brise thermique de jour ». Par ailleurs, « cela favorise l'évaporation et donne cette sensation de chaude-humide, moins agréable et surtout dangereux ».

Épisodes méditerranéens plus extrêmes

Cette haute température et cette évaporation provoquent également un effet latent. « En fin d'été peuvent commencer à survenir les épisodes méditerranéens et une mer plus chaude entraîne la formation d'épisodes plus extrêmes », avertit Philippe Drobinski.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Impact désastreux sur la vie aquatique

L'effet des canicules marines s'avère potentiellement désastreux pour la vie aquatique. En 2022, après un épisode de canicule marine, jusqu'à 90 % de mortalité avait été observé chez les gorgones, un type de corail, sur 20 mètres de profondeur. Ce scénario se répète d'année en année. Les poissons et mammifères marins, mobiles, peuvent retrouver des eaux plus fraîches en descendant de quelques mètres, mais d'autres animaux, comme les coraux, sont prisonniers de leur caillou.

Prolifération de bactéries et méduses

L'élévation de la température des eaux de surface favorise les remontées de méduses portées par les courants ainsi que le développement de parasites et de bactéries dans les piscicultures. Christine Pergent, biologiste marin à l'université de Corse, explique : « Les poissons d'élevage sont condamnés à vivre en cage, d'ordinaire établie entre 5 et 15 mètres de profondeur et ne peuvent changer de secteur ou descendre vers des eaux plus froides, jusqu'au niveau de thermocline, situé en été à 35-40 mètres, et où la température est constante. Mais ce qui provoque la mortalité des poissons d'élevages est plus la prolifération des bactéries, aggravée par la concentration des poissons, que la baisse du taux d'oxygène dans l'eau lié à la chaleur. »

Nouvelles espèces sur les côtes méditerranéennes

Des eaux plus chaudes favorisent également l'épanouissement ou l'arrivée de nouvelles espèces sur les côtes méditerranéennes : crabe bleu, poisson lapin, barracuda et tortues caouannes, une espèce menacée, qui semble trouver ces dernières années les plages des côtes varoises à température pour y pondre leurs œufs, avec de nombreuses premières observations en 2025, comme à Cavalaire-sur-Mer et dans le golfe de Saint-Tropez.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale