Autotomie caudale : comment les lézards perdent leur queue sans saigner
Autotomie caudale : la queue des lézards se détache sans hémorragie

Chez de nombreux lézards, comme le lézard des murailles (Podarcis muralis), très commun en France, la queue ne casse pas au hasard. Elle possède des zones de faiblesse prédéterminées, appelées plans de fracture. Chez beaucoup d’espèces, elles traversent certaines vertèbres et se prolongent dans les muscles, la graisse et les tissus conjonctifs. Lorsqu’un prédateur saisit la queue, des contractions musculaires permettent sa séparation : c’est ce qu’on appelle l’autotomie caudale.

Une anatomie qui limite la perte de sang

Cette anatomie évite une hémorragie massive. Au niveau de la rupture, de petits muscles entourant l’artère caudale se contractent et resserrent le vaisseau, limitant ainsi la perte de sang. La moelle épinière de la queue est, elle, sectionnée. Il s’agit donc bien d’une blessure, mais d’une blessure dont l’anatomie limite les dégâts.

Chez le gecko léopard, des chercheurs ont suivi les premières étapes après l’autotomie. Ils ont constaté que la perte de sang restait très faible : après la séparation de la queue, les muscles entourant l’artère caudale se contractaient rapidement du côté resté attaché au corps, resserrant le vaisseau. La peau se resserrait autour de la surface exposée, réduisant la plaie, ensuite recouverte par un nouvel épithélium (des cellules cutanées).

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La repousse : un blastème et des cellules proliférantes

Sous cet épiderme se forme ensuite un blastème, une population de cellules proliférantes qui participe à la reconstruction. Muscles, vaisseaux, peau et structures nerveuses se reforment progressivement. Des expériences de traçage cellulaire chez le gecko ont montré que des cellules provenant du cartilage et du muscle peuvent contribuer aux tissus régénérés. L’origine précise de toutes les cellules impliquées reste cependant étudiée.

La queue régénérée n’est généralement pas une copie de l’ancienne. Chez l’anole vert, par exemple, les vertèbres articulées sont remplacées par un long tube de cartilage non segmenté. Les muscles sont également organisés différemment et certaines structures nerveuses ne sont pas reconstituées à l’identique.

Combien de fois un lézard peut-il perdre sa queue ?

Un lézard peut-il alors perdre sa queue plusieurs fois ? Oui, chez les espèces capables d’autotomie, tant qu’il reste une portion de la queue d’origine possédant des zones de fracture. La partie régénérée, constituée autour d’un tube de cartilage continu, ne possède plus ces zones de faiblesse. Une nouvelle autotomie doit donc généralement se produire plus près du corps, dans une portion de la queue d’origine.

Perdre sa queue n’est pas gratuit. Selon les espèces, elle intervient dans la locomotion, stocke des réserves ou joue un rôle dans les interactions sociales, tandis que sa repousse mobilise de l’énergie. L’autotomie constitue donc un compromis : sacrifier une partie de son corps peut coûter cher, mais permet parfois d’échapper à un prédateur.

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