Ingénieur de formation, Philippe Carillo est un amoureux du milieu marin. Au gré des plongées subaquatiques dans les eaux agathoises, il a pu constater les perturbations qu’a connues la faune sous-marine locale, en partie à cause du dérèglement climatique. Cela fait plus de quarante ans qu’il vient faire de la plongée sous-marine sur le site de la Grande Conque. Ingénieur biterrois, il consacre le plus clair de son temps libre à cette activité, sa véritable passion.
Un témoin privilégié de l'évolution marine
Au cours de toutes ces années, il a eu l’occasion d’apprécier la riche biodiversité des eaux agathoises, à tel point qu’il fait aujourd’hui partie de plusieurs associations de préservation des espèces marines : le groupe d’étude des mérous (GEM), l’association de sauvegarde Hérault littoral ou encore le Cestmed. Cet engagement associatif et les nombreuses heures passées à observer les espèces marines en font un témoin privilégié de l’évolution de la biodiversité des eaux du littoral agathois.
« Avant, je voyais beaucoup de Denti, et maintenant il n’y en a presque plus. À contrario, on peut apercevoir en Méditerranée des espèces que l’on ne voyait pas ou peu avant, affirme-t-il. Il y a deux ans, j’avais constaté la présence de dorades coryphènes sur la Grande Conque, alors qu’il s’agit d’une espèce tropicale. » Les exemples comme celui-ci sont nombreux dans le littoral héraultais, et pourraient encore se multiplier dans les années à venir.
Des migrations via le canal de Suez
Comme le documente Philippe Carillo dans son ouvrage intitulé Découverte du milieu marin, plusieurs espèces comme la rascasse volante se déplacent jusqu’en Méditerranée orientale via le canal de Suez, et pourraient poursuivre leur route jusqu’en Méditerranée occidentale. Pour autant, tous les changements dans la faune sous-marine locale sont-ils dus aux effets du réchauffement climatique ? Sur ce point, Philippe Carillo se montre prudent.
« C’est indéniable qu’il y a une augmentation globale de la température de l’eau, et que cette variation climatique influe sur la biodiversité locale, déclare l’ingénieur. Pourtant, il est difficile de dire si la présence accrue de telle ou telle espèce sur les eaux agathoises est due à ce phénomène, pour la simple et bonne raison que les scientifiques eux-mêmes n’ont pas de réponse exacte. »
Un ensemble de causes humaines et naturelles
Certaines espèces comme les dentis ont en effet souffert de la surpêche. D’autres, comme les mérous, ont pu se multiplier sur la façade méditerranéenne grâce notamment au moratoire sur la pêche instauré en France depuis 1993. Difficile donc d’évaluer l’impact réel du réchauffement climatique dans les eaux agathoises, d’autant que plusieurs espèces sont arrivées récemment et ont été peu étudiées.
« C’est un ensemble de causes humaines et naturelles qui peuvent causer un dérèglement de la biodiversité sur le littoral, insiste Philippe Carillo. Alors d’un autre côté, l’aire marine du Cap d’Agde, en diversifiant les zones touristiques et en mettant en place des dispositifs pour préserver l’environnement, permet à certaines espèces de prospérer. »
Des initiatives locales pour préserver
De nombreux aménagements ont vu le jour au Cap d’Agde : mise en place de la réserve marine en 2020, création d’un récif artificiel… Des initiatives dont Philippe Carillo apprécie les effets positifs sur la biodiversité, d’autant que lui aussi tente d’apporter sa pierre à l’édifice, en organisant des conférences sur la préservation du milieu marin.
« Mon objectif reste de sensibiliser les gens au fait qu’il y a une urgence à préserver, et on préserve ce pour quoi on s’émerveille. J’essaie de susciter l’émerveillement pour induire le respect. », conclut-il.



