La filière du recyclage textile traverse une crise sans précédent, marquée par une surconsommation de vêtements de mauvaise qualité et un manque de débouchés. Asphyxiée, elle supprime des emplois et des bornes de collecte, tandis que le gouvernement multiplie les annonces pour réformer le secteur.
Le Relais annonce des suppressions massives
Ce mardi 9 juin 2026, Le Relais, acteur majeur du secteur et membre d'Emmaüs France, a annoncé la suppression de 60 emplois en insertion et la réduction de sa collecte de textiles, linge de maison et chaussures à hauteur de 15 000 tonnes. Cette mesure s'accompagne de la fermeture de près de 4 300 conteneurs, sur les 20 500 actuellement installés en France. L'organisation justifie cette décision par une dégradation devenue insoutenable de l'équilibre économique de la filière.
Un modèle économique fragilisé
Pilier de l'économie sociale et solidaire (ESS), Le Relais assure 40 % de la collecte en France et emploie 2 053 personnes, dont 656 en insertion. Plusieurs facteurs expliquent cette crise : la surconsommation de vêtements, avec 3,5 milliards de pièces mises sur le marché en 2024, la baisse de qualité due à la mode éphémère, et la concurrence des plateformes de revente comme Vinted qui captent les articles en bon état. En 2014, Emmaüs valorisait 64 % des textiles collectés, contre 56 % dix ans plus tard. Par ailleurs, les marchés d'exportation, notamment en Afrique, sont saturés par les vêtements à bas prix importés de Chine.
Le gouvernement prépare une réforme
Alors que le secteur s'effondre, le gouvernement travaille à une réforme de la filière. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, estime que la mode circulaire pourrait générer un chiffre d'affaires de plus de 30 milliards d'euros d'ici 2030 et créer 88 000 emplois. La France a mis en place en 2007 une filière à responsabilité élargie du producteur (REP), basée sur le principe du pollueur-payeur, qui collecte une éco-contribution auprès des marques. Cette collecte est gérée par l'éco-organisme Refashion, avec un budget de 1,2 milliard d'euros pour 2023-2028. En avril, le gouvernement a annoncé son intention de flécher une partie de ces contributions vers la structuration d'une filière industrielle de recyclage textile.
Malgré la crise, Le Relais reste convaincu que le développement d'une filière textile durable, solidaire et circulaire demeure possible.



