Seine-et-Marne : une plateforme d'entraide entre jeunes et seniors séduit
Plateforme d'entraide jeunes-seniors en Seine-et-Marne

« J'aurais pu prendre un taxi, mais c'est très impersonnel. On ne sait pas sur qui on va tomber. Alors que là, la relation s'est établie tout de suite. » Tout en racontant son après-midi, Anne regarde du coin de l'œil Alban. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu'entre ces deux habitants de Saint-Fargeau-Ponthierry (Seine-et-Marne), une complicité qui ne demande qu'à perdurer s'est établie.

Il y a deux heures, ils ne se connaissaient pourtant pas. L'ancienne professeure de lettres classiques et l'étudiant n'auraient de toute manière pas pu se rencontrer à l'université, car si le jeune homme revendique une majorité toute récente, son aînée revendique quelques bougies de plus sur le gâteau d'anniversaire. « Toutes les femmes ont 20 ans, moi j'en ai 72 de plus », sourit-elle, espiègle.

Il a suffi d'un coup de fil pour que la retraitée de l'enseignement trouve son bonheur, né d'un simple besoin : « Comme je ne conduis plus depuis janvier dernier, il fallait que quelqu'un m'emmène chez mon docteur en centre-ville. » Ça tombe bien : Alban n'a souvent pas cours le lundi. Il n'avait plus qu'à confirmer la demande avant de se garer devant la maison d'Anne à 15 heures tapantes.

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Un concept né d'une triste observation

Un jeune qui vient aider un senior, tel est le concept de Généraction, le site créé en octobre dernier par trois autres jeunes de Vert-Saint-Denis, Max et Tom Galois, deux frères, ainsi que Guillaume Brisbois, respectivement 23, 25 et 24 ans. Depuis, les trois amis revendiquent plus d'un millier d'inscrits.

« Quand j'allais voir ma grand-mère à l'Ehpad, je m'apercevais que presque personne ne rendait visite aux autres pensionnaires, se souvient Tom. Le personnel m'a confirmé que c'était le cas, même quand les enfants habitaient à une demi-heure de route. C'était incroyablement triste. En regardant bien, on s'aperçoit que ce genre d'attitude est plutôt général, par exemple lorsque l'un des deux membres du couple décède. »

Anne, 92 ans donc, est veuve depuis une vingtaine d'années. Pour elle, la solitude n'est ni un poids ni une fatalité : « J'aime la société ! J'ai toujours envie de voir les gens. J'ai beaucoup d'amis, on se téléphone. J'ai même des anciens élèves qui m'envoient des photos de leurs petits-enfants ! Par les associations, j'ai fait de l'informatique, de l'aquagym, bref un tas de choses. »

Un service complémentaire aux aides à domicile

En ce qui concerne le nécessaire au quotidien, Anne arrive encore à se débrouiller. Dans le centre-ville, juste à côté, elle alterne entre le boulanger, le boucher, la supérette, la coiffeuse. « On peut vivre en marchant un peu et si on peut porter. Moi, j'utilise mes poches et un sac à dos. Mais il y a un temps pour tout. Quand on est vieux, le temps passe très lentement. Et ça devient compliqué quand on a deux cannes. »

Inscrite depuis février après avoir vu l'annonce dans le journal local, la nonagénaire a d'abord eu comme jeune un certain Timothée. « Je l'adorais. Je l'appelais « mon bon Samaritain », comme celui qui dans l'Évangile s'occupe d'un blessé au bord de la route et l'emmène pour le soigner. Il s'occupait de tout, me conduisait souvent au marché. Il est parti en province et quand je l'ai perdu, les gens de Généraction ont tout de suite cherché quelqu'un d'autre. »

Alban ne connaissait pas cette relation. Son travail n'est pas de remplacer Timothée. Cet étudiant en audiovisuel à Dammarie est simplement là car il a ressenti le besoin de continuer à servir les anciens : « J'aidais déjà mon grand-père quand il a fait son AVC. J'ai vu l'annonce et ça m'a semblé évident de m'inscrire, d'autant que ma vie est pour le moment axée sur mes études, qui me laissent néanmoins le temps de sortir avec mes copains. »

Si Alban semble être le candidat parfait pour servir de « béquille » aux anciens, il n'en existe pas réellement : « Nous avons été surpris au début par l'intérêt des jeunes, confie Tom Galois. Comme ils sont souvent en étude, je ne pensais pas qu'il y aurait autant de disponibilité et de dévouement. » Pour sa mission, Alban gagne 11 euros de l'heure. De son côté, Anne verse 24 euros au site, dont 50 % seront à déduire des impôts.

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Un déploiement national en vue

La prochaine fois qu'Anne aura besoin d'un service extérieur, peut-être pourra-t-elle s'adresser pour changer à un ami ou l'un de ses voisins : « Ils sont adorables mais je ne veux pas dépendre d'eux. J'aime mon indépendance ainsi que le contact des jeunes comme Alban. » Et de préciser que le papa des frères Galois a jadis été en classe avec… son propre fils !

Après sept mois d'exercice, en Ile-de-France et un peu en Province (Nice, Vannes…), Généraction compte une centaine d'inscrits côté seniors, et environ 1 500 jeunes. Le nombre de missions double à chaque mois, dont 150 en avril. « L'objectif est de proposer ce type de service sur tout le territoire, prévient le plus âgé des deux frères. Nous ne voulons pas remplacer les aides à domicile, mais être complémentaires. »