Mariame Tighanimine : « Franchement, je ne savais pas qu'on était pauvres »
Mariame Tighanimine : je ne savais pas qu'on était pauvres

Dans un entretien publié par Libération dans son cahier d'été, Mariame Tighanimine, militante féministe et autrice, revient sur son enfance marquée par la précarité, une précarité qu'elle ne percevait pas comme telle à l'époque. « Franchement, je ne savais pas qu'on était pauvres », confie-t-elle, une phrase qui résume son regard d'enfant sur une réalité sociale que les adultes taisaient.

Une enfance à l'abri de la conscience de la pauvreté

Mariame Tighanimine explique que ses parents, d'origine algérienne, ont toujours fait en sorte de préserver leurs enfants des difficultés matérielles. Ils ne parlaient pas d'argent à la maison, et les privations étaient présentées comme des choix ou des nécessités temporaires. « On ne se sentait pas pauvres parce qu'on avait l'essentiel : l'amour, la dignité, et une éducation exigeante », précise-t-elle.

Elle raconte des détails concrets : les vêtements hérités des cousins, les vacances passées chez la famille en Algérie, les repas simples mais copieux. « Ma mère savait faire des merveilles avec presque rien », ajoute-t-elle, soulignant que cette ingéniosité était une forme de résistance à la stigmatisation.

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La prise de conscience à l'adolescence

La prise de conscience est survenue plus tard, à l'adolescence, lorsqu'elle a commencé à comparer son quotidien avec celui de ses camarades de classe. « J'ai réalisé que tout le monde ne vivait pas comme nous, que certains avaient des chambres plus grandes, des ordinateurs, des vacances à l'étranger », dit-elle. Ce décalage a suscité un sentiment de honte, mais aussi une colère contre les inégalités sociales.

Cette expérience a nourri son engagement militant. Aujourd'hui, Mariame Tighanimine est connue pour son travail sur les questions de genre et de racisme, notamment à travers son association « Les Indésirables » et ses écrits. Elle estime que la pauvreté vécue dans l'enfance a façonné sa perception du monde et sa volonté de lutter contre les discriminations.

Un héritage transformé en force

Dans l'entretien, elle insiste sur l'importance de ne pas réduire les personnes précaires à leur seule condition. « La pauvreté n'est pas une identité, c'est une situation », affirme-t-elle. Elle appelle à une meilleure prise en compte de la dignité des familles modestes dans les politiques publiques, et à une éducation qui permette aux enfants de comprendre leur environnement social sans honte.

Mariame Tighanimine conclut en soulignant que son parcours, des cités de banlieue à la reconnaissance médiatique, est la preuve que la mobilité sociale est possible, mais qu'elle ne doit pas reposer uniquement sur la volonté individuelle. « Il faut des structures, des aides, des opportunités », rappelle-t-elle.

Cet entretien s'inscrit dans une série de témoignages publiés par Libération durant l'été, donnant la parole à des personnalités issues de milieux populaires. Il offre un éclairage personnel sur une réalité souvent invisible, et invite à réfléchir aux mécanismes de reproduction des inégalités.

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