Holothuries : un aquaculteur varois teste leur élevage
Holothuries : un aquaculteur varois teste leur élevage

Dans la baie du Lazaret, à Toulon, l'aquaculteur Jérémy Vantouroux participe à une expérimentation visant à élever des holothuries, aussi appelées concombres de mer, sous ses parcs à poissons. L'objectif : nettoyer les fonds marins grâce à ces animaux et, à terme, les commercialiser. Depuis juin 2025, trois cages de 3 mètres de diamètre, contenant chacune une soixantaine de juvéniles, ont été installées sous les cages de poissons de sa ferme Les Loups d'Or.

Une ferme aquacole innovante dans le Var

Jérémy Vantouroux, 29 ans, natif de Cavalaire, a créé sa ferme aquacole Les Loups d'Or fin 2021. Il y élève des loups, des daurades et des maigres. Au début de l'année 2025, il a diversifié son exploitation en se lançant dans la production d'huîtres. Installé dans la baie du Lazaret depuis 2021, il cherche constamment à améliorer ses pratiques.

« Ma philosophie est que ma ferme aquacole ait le moins d'impact possible sur l'environnement. Aussi, quand j'ai entendu parler des recherches menées autour des holothuries, une initiative du groupe Barba, une entreprise française de transformation et commercialisation des produits de la mer, je me suis immédiatement porté volontaire pour participer à cette expérimentation », confie le jeune aquaculteur.

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Un suivi scientifique régulier

L'Institut océanographique Paul-Ricard assure le suivi de l'expérimentation. Léo Davies, ingénieur aquacole, se rend tous les deux mois sur l'installation. Sa mission : plonger, remonter les holothuries, les peser et les remettre à l'eau dans leurs cages à 6 mètres de profondeur. « Lorsque les juvéniles sont arrivés, ils pesaient à peine 5 grammes. Un an après, ils font 45 grammes. Comparée aux expérimentations menées également en Atlantique, dans les claires ostréicoles de Marennes-Oléron, la croissance n'est pas exceptionnelle. En revanche, il n'y a pas eu de mortalité hivernale dans la baie du Lazaret », déclare Léo Davies.

La ferme Les Loups d'Or a été retenue pour sa situation à l'entrée de la baie, bien exposée aux courants marins, et pour la présence de nombreuses holothuries sauvages à proximité. « Comme la ferme Les Loups d'Or est une concession récente, le substrat est en bonne condition », confirme Léo Davies.

Des défis techniques à relever

Le développement des concombres de mer reste mitigé. Léo Davies explique : « Les mailles des structures dans lesquelles sont enfermées les jeunes holothuries étant très fines, elles ont tendance à se colmater et laissent passer moins de matière organique, c'est-à-dire moins de nourriture. Pour l'heure, on a donc une limitation technique. Il va falloir qu'on améliore les structures d'élevage. »

Erika Gervasoni, coordonnatrice du projet Holoprod pour le groupe Barba, se montre optimiste. « Depuis 2023, on maîtrise la reproduction des holothuries dans notre écloserie-nurserie installée sur le site Ifremer de Palavas-les-Flots », rappelle-t-elle. Elle ajoute : « Le grossissement des concombres de mer est encourageant mais il faut encore améliorer la technique, comparer les différents enclos utilisés. On réfléchit aussi à des structures plus pratiques, facilement relevables pour un meilleur contrôle des individus. »

Un projet pour une filière responsable

Le projet Holoprod, porté par le groupe Barba, en partenariat avec le Cépralmar, le Capena et l'Institut océanographique Paul-Ricard, vise à construire une filière française d'élevage de concombre de mer. Il a reçu des subventions de l'État et du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l'aquaculture.

La rentabilité de cette filière est cruciale. Erika Gervasoni en est consciente : « Une étude économique est en cours. Elle devra déterminer à quel prix on vend les juvéniles aux aquaculteurs, et à quel prix on leur rachète les concombres ayant atteint la taille commercialisable, en tenant compte bien sûr de leur coût de production. »

À terme, cet élevage pourrait réduire la pression sur une espèce surexploitée dans son milieu naturel, très prisée en Asie pour sa chair et son intérêt nutraceutique. Jérémy Vantouroux espère ainsi rendre sa ferme encore plus vertueuse.

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