Nkoulou : « Monaco-Marseille se jouera sur la pression »
Nkoulou : « Monaco-Marseille se jouera sur la pression »

Nicolas Nkoulou, ancien défenseur de l'AS Monaco et de l'Olympique de Marseille, s'attend à un choc serré entre les deux clubs ce dimanche soir au Louis-II (20h45). Pour l'ex-international camerounais de 36 ans, la rencontre se jouera sur la capacité des équipes à gérer la pression et les émotions. Il a livré son analyse et ses souvenirs dans un entretien à La Provence.

Un match sous le signe de la pression

« C'est toujours plaisant de voir deux grands clubs s'affronter. On va être scotchés devant l'écran », confie Nkoulou. Les deux équipes ont bien débuté le championnat, avec trois points chacune. Il est « excité de voir qui imposera son identité et son rythme à l'autre ». Selon lui, « ça se jouera sur la capacité à gérer la pression et ses émotions ».

Interrogé sur les besoins financiers des deux clubs, qui doivent vendre des joueurs et réduire leur masse salariale, il se veut rassurant : « Ce n'est jamais évident, mais les joueurs qui sont là savent qu'on compte sur eux. Ils ont cette charge de représenter le club avec beaucoup de détermination. Ça reste des professionnels et je ne suis pas inquiet. »

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Des entraîneurs qu'il apprécie

Nkoulou suit avec intérêt le travail de Bruno Genesio à Marseille et de Filipe Luis à Monaco. « Connaissant Bruno, je sais qu'il fait du très bon travail. Il n'est pas à Marseille par hasard. J'aime son efficacité et son calme. Les résultats parlent pour lui. C'est un homme de caractère. Il ne va pas crier sur tous les toits, mais il fait passer son message. C'est aussi ça le patron d'un vestiaire. »

À propos de Monaco, il note : « Si les dirigeants ont accordé leur confiance à Filipe Luis, c'est parce qu'ils savent ce qu'il est capable de faire. Monaco a pris des buts en préparation, mais il faudra le juger sur le championnat. Je retiens que son équipe est assez solide et bien équilibrée. Il y a eu des errements et des erreurs, mais je pense que ça va se resserrer. »

Ses souvenirs monégasques

Nkoulou, arrivé à Monaco en 2007 en provenance de la Kadji Sports Academy de Yaoundé, se souvient de ses débuts difficiles. « J'étais le petit Poupi (son surnom) qui arrivait avec son sac à dos et je crois que c'est lié à mon éducation. Je ne remercierai jamais assez mes parents. C'est grâce à eux que j'ai pu tenir. Je suis resté la tête sur les épaules. J'étais conscient de la difficulté de mon parcours. Arrivé là, je n'avais pas le droit de déconner. »

Son premier match avec l'ASM, le 13 septembre 2008 contre Lorient (2-0), reste gravé. « J'étais émerveillé de faire mes premiers pas dans ce magnifique stade qu'est le Louis-II. Il sait encourager les jeunes. C'était très fort. Je sors à la 65e minute, parce qu'envahi de mes émotions, j'ai eu des crampes. » Avant le match, l'entraîneur Ricardo lui avait dit : « Fais ce que tu sais faire. »

Une semaine plus tard, il joue ses premières 90 minutes au Vélodrome (0-0). « Je me souviens encore de mes rêves d'enfant. C'était juste de voir mon nom floqué sur un maillot. Me retrouver dans le onze au Vélodrome, dans ce magnifique temple, le match pouvait s'arrêter. Le coup d'envoi donné, j'avais atteint mon rêve. »

La descente en 2011, son plus grand regret

Nkoulou revient sur la descente en Ligue 2 en 2011, malgré 44 points. « On était dans quelque chose d'automatique qui nous menait depuis plusieurs saisons dans le ventre mou de L1. Des jeunes commençaient, des anciens étaient partis comme Bernardi (2009) ou Modesto (2010), l'un des patrons du vestiaire, et je pense qu'il nous a manqué de l'expérience. On s'est retrouvés dos au mur et on n'a pas su gérer. »

Le soir de la descente, une défaite 2-0 contre Lyon, il était capitaine. « J'ai la responsabilité de porter tout un club et on se retrouve en L2. J'étais au plus mal. C'est un souvenir qui n'a pas été facile à digérer. »

Après la descente, il rejoint l'OM pour 3,5 millions d'euros. « Je partais à contrecœur. Dire que le club est en difficulté et que je claque la porte pour ma carrière, c'est dur. Je suis parti parce qu'il fallait continuer de vivifier mon rêve. Marseille avait été champion en 2010, il allait jouer la Ligue des champions. Il était acceptable de faire ce choix. »

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Deschamps et Bielsa, deux styles

Nkoulou raconte son échange avec Didier Deschamps avant de signer à Marseille. « Il me tape sur l'épaule et me dit : "Ça va minot ?" Je le regarde et je lui réponds : "Je vais bien monsieur." Deschamps, je l'avais souvent regardé à la télé. C'est l'une des premières fois que je le voyais en face-à-face et j'étais émerveillé. Et la seule question qu'il m'a posée était "T'aimerais jouer à Marseille ?" Je lui ai dit "oui" mais sans y croire. »

Il se dit plus proche de Deschamps que de Bielsa. « Deschamps sait gérer un groupe et tirer le meilleur de chaque joueur. Je me souviens d'un lendemain de victoire. J'avais prévu de m'entraîner avec tout le monde, mais il m'avait appelé pour me dire : "Nico, aujourd'hui, je ne veux pas te voir sur le terrain, tu mets tes baskets et tu te reposes." Avec lui, je me suis découvert. Il a fait de moi un homme. »

À propos de Bielsa, il explique : « Il était difficile à cerner. Il a sa vision et il sait où il va, mais au départ je découvre une nouvelle façon de bosser. » Il admet avoir douté de ses méthodes : « Lorsqu'on commence, il nous met des coupelles et nous fait frapper des ballons sur trente mètres à mi-hauteur pendant trente minutes. On se dit : "À notre niveau, on ne va quand même pas passer une demi-journée à faire ça." Mais lui, sachant ce qu'il cherchait, il savait que les défenseurs centraux auraient besoin de ces passes entre les lignes et que les milieux auraient besoin de cette position de trois quarts entre les lignes. Il nous habituait à son système et à sa philosophie. À la fin, c'était un régal. »

Avec Bielsa, il se sentait « plus que forts. On était peut-être épuisés pendant les séances, mais tout le monde prenait du plaisir en match. Même quand on était blessés, on regrettait de ne pas être dans le groupe. Malgré tout ce qui peut se dire sur lui aujourd'hui, s'ils pouvaient le faire venir, 90 % des clubs diraient oui. »

Nkoulou, qui a pris sa retraite en février, explore désormais des pistes comme entraîneur ou dirigeant. Il compte valider des diplômes et milite pour l'éducation des enfants au Cameroun via sa fondation, créée en juin dernier. Il partage son temps entre Paris et Charleroi (Belgique).