Dolly Parton, l'icône country qui a conquis l'Amérique
Dolly Parton, l'icône country qui a conquis l'Amérique

Dolly Parton, décédée à 78 ans, restera comme l'une des artistes les plus aimées des Américains, transcendante des clivages politiques, régionaux et sociaux. Son parcours, de la pauvreté des Appalaches à la richesse et à la célébrité, incarne le rêve américain.

Une icône au-delà des clivages

Avant de devenir une icône de la country, Dolly Parton fut longtemps réduite à une caricature. En novembre 1978, à la veille d'une de ses rarissimes apparitions scéniques en Europe au Théâtre Mogador, L'Express raillait cette nouvelle reine de la country « toute menue », « qui sent la meule de foin et la soupe aux fèves ». Cinq ans après la sortie de Jolene, son tube planétaire, on s'amusait déjà de la plantureuse « nouvelle rage de l'Amérique », sans trop savoir ce que les Yankees pouvaient bien lui trouver.

Souvent réduite à ses abondantes boucles blond platine, à sa poitrine généreuse ou à ses tenues seyantes et scintillantes, Dolly Parton était régulièrement moquée aux États-Unis pour son style vestimentaire ou ses origines provinciales. Pourtant, sa popularité ne s'est jamais démentie. Les Américains lui vouaient un amour inconditionnel, transcendant les générations, les divisions régionales ou sociales et même les affiliations partisanes. Dans un pays malade de sa polarisation politique, cela est suffisamment rare pour être souligné.

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Un rêve américain devenu réalité

Dolly Parton est le plus bel exemple de rêve américain. Née dans une famille (très) nombreuse des Appalaches, à l'est du Tennessee, elle a grandi dans un chalet minuscule avant de connaître ses premiers succès à Nashville dans les années 1960. Ses chansons, inspirées du folklore américain, évoquent cette enfance déshéritée et tous les tracas de la vie d'une Américaine lambda, les rêves brimés et les amours contrariées.

La petite montagnarde misérable s'est construit un empire grâce à son bagou, jusqu'à devenir une des self-made-women les plus riches des États-Unis. Chanteuse, musicienne, comédienne, philanthrope, gestionnaire d'un parc d'attractions à son nom... Le showbiz lui ouvre grand ses bras et jamais « Dolly » ne se renie. Tout au long de sa vie, elle est restée dévouée à son clan, à ses Appalaches et à son premier amour Carl Thomas Dean, disparu l'an dernier ; un modèle d'ascension sociale et de constance, susceptible de plaire autant aux mélomanes progressistes qu'aux conservateurs.

Des engagements discrets mais forts

Quand on lui demandait de se positionner politiquement, Dolly Parton ne glissait jamais ni vers le dogmatisme ni vers l'invective. « J'essaie de ne pas trop m'engager en politique, mais si je le faisais, autant me présenter moi-même : côté coiffure, j'ai ce qu'il faut... Et dans une course électorale, on a toujours besoin d'un peu plus de paires de seins », ironisait-elle. Sous couvert d'humour, elle n'hésitait pas à faire de grands écarts... et à les assumer.

Chrétienne dévote, mal à l'aise quand on la qualifiait de féministe, elle s'est systématiquement élevée contre les stéréotypes de genre et contre les projets de lois réduisant les droits LGBT dans son État natal. Ses engagements trouvaient un écho tout particulier dans le contexte politique actuel : quand les électeurs Maga tentaient de faire interdire certains livres pour enfants, Dolly Parton dédiait une partie de sa fortune à la « Bibliothèque de l'Imagination », une organisation qui distribue gratuitement des livres aux enfants américains défavorisés. Et lorsque le président américain est accusé de privilégier ses intérêts financiers privés au détriment de ceux du pays, Dolly Parton, elle, finançait la recherche médicale et la reconstruction dans les zones sinistrées par des mégafeux.

« Il n'y a jamais eu personne comme elle, et il n'y en aura jamais », a rendu hommage Donald Trump après sa mort, avant d'annoncer que les drapeaux seraient mis en berne pendant une semaine, en signe de deuil. « Je ne critique pas, je ne condamne pas. Je ne fais qu'aimer et accepter », avait-elle un jour expliqué lors d'un entretien au Hollywood Reporter. Signe que derrière la caricature, il y avait une femme avec quelques leçons de sagesse pour l'Amérique de Donald Trump. Et une chanteuse que l'on n'a peut-être pas assez écoutée.

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