La pratique d’un sport améliore nos performances cognitives et en particulier la mémoire. Docteure en recherche clinique, innovation technologique et santé publique, la Varoise Sawsen Ayari détaille les mécanismes en jeu et les sports qui stimulent le cerveau, quel que soit l’âge.
Les bénéfices du sport sur le cerveau
Mens sana in corpore sano : un corps sain dans un esprit sain. Les bénéfices du sport ne se limitent pas à la santé physique. Une pratique sportive régulière agit aussi sur le cerveau, les émotions, les capacités cognitives, et en particulier la mémoire, ou plutôt les mémoires. « Le sport bénéficie à plusieurs types de mémoires : mémoire procédurale, motrice, spatiale, émotionnelle, épisodique ou de travail », introduit Sawsen Ayari, ergothérapeute et docteure en recherche clinique.
Les effets d'une meilleure oxygénation
« Quand on pratique une activité aérobie, c’est-à-dire un sport qui combine endurance et bonne consommation d’oxygène, comme la marche rapide, le vélo ou la natation, l’augmentation du débit sanguin permet une meilleure oxygénation du sang. Cette augmentation du flux sanguin et les mécanismes de vasodilatation améliorent l’oxygénation cérébrale, notamment les zones responsables de la mémoire », explique Sawsen Ayari. Elle cite « l’hippocampe, impliqué dans l’encodage et la consolidation des souvenirs, les différentes régions corticales participant au stockage mnésique et l’amygdale, fortement impliquée dans le traitement et la mémorisation des expériences émotionnelles ».
Deux mécanismes en jeu
L’exercice stimule également des facteurs de croissance comme l’IGF-1, impliqués dans la plasticité cérébrale et les adaptations neuronales. Un second mécanisme entre en jeu : « Cette meilleure oxygénation favorise la production d’un facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF). Au niveau cérébral, il favorise l’angiogenèse (formation de nouveaux vaisseaux sanguins), la synaptogenèse (création de synapses) et la neurogenèse (naissance de nouveaux neurones). Plusieurs études ont montré que le dosage de BDNF augmente au niveau de l’hippocampe après une activité physique. »
Le sport favorise la plasticité cérébrale
Ces effets sont d’autant plus intéressants, précise-t-elle, que « dès l’âge de 25 ans, l’humain arrive à son capital neuronal maximal ». Alors qu’on estime à environ 10 000 le nombre de neurones perdus chaque jour, « la pratique sportive permet d’en créer de nouveaux, c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale. Cette production a un effet direct sur les différents types de mémoires, mais principalement sur la mémoire procédurale et de travail, la mémoire épisodique, les fonctions exécutives et l’attention. » À noter : l’exercice physique permet de libérer également des neurotransmetteurs, comme la dopamine, la sérotonine ou les endorphines, responsables de la sensation de bien-être et de motivation ressentie après l’effort. Des sensations qui, une fois mémorisées, donnent envie de remettre ses baskets !
Mémoires au pluriel
- La mémoire procédurale : capacité à enregistrer une chronologie, les étapes d’une action.
- La mémoire motrice : mémoire des mouvements à accomplir pour réaliser une action donnée.
- La mémoire spatiale : permet de s’orienter dans l’espace, de se repérer et de reconnaître des lieux.
- La mémoire émotionnelle : stocke les émotions vécues (victoire ou échec) pour aider à les surmonter à nouveau.
- La mémoire de travail : aide à mobiliser l’ensemble des connaissances pour accomplir une tâche donnée.
- La mémoire épisodique : retient les lieux, dates et éléments de contexte d’un événement.



