Ça sent Noël (5/6) : cheminée, fleurs fanées et panettone… Mais, au fait, elle sent quoi la maison du Père Noël ? Noël, Notre sélection abonnés Publié le 24/12/2025 à 10:02 , mis à jour le 23/04/2026 à 11:46 Article rédigé par Elise Do Marcolino Midi Libre
Sentez-vous la fête approcher ? La cheminée est allumée, le sapin décoré et d’agréables vapeurs de cannelle et de chocolat flottent dans l’air. Pour sa série de Noël cette année, Midi Libre s’est intéressé aux parfums. Que sentent les fêtes ? Quelles notes les symbolisent le mieux ? Dans ce cinquième épisode de notre série « Ça sent Noël », on vous confie ce que sent vraiment la maison du Père Noël.
Les clés sont sous le paillasson. J’ouvre la lourde porte en chêne. Une vague de chaleur me chauffe immédiatement les joues. Ça sent le feu de bois. Je dirige mon regard vers l’âtre qui trône au fond de la pièce, devant deux fauteuils en vieux cuir. Ils dégagent une odeur animale, presque métallique. Au coin du feu, une paire de bottes maculées de boue et de poils de rennes sèche lentement. Ici, l’air est humide, poussiéreux. Ici, c’est la maison du Père Noël.
Lors de sa visite à Midi Libre, l’homme à la longue barbe blanche m’a invitée à découvrir sa maison au fin fond du Pôle Nord. Sans hésitation, j’ai suivi Rudolph pour rejoindre cet antre très spécial avec, en tête, d’y choper l’odeur de Noël, avec un grand O.
Et Caroline Jauffret-Redon avait raison. La journaliste spécialiste des odeurs imaginait que la maison du Père Noël sentait comme « le bois, un joli bois fort, dans un chalet chauffé avec une cheminée ».
« Un sentiment de confort, de sécurité, de chaleur » Ici, tout est réconfortant. Je repense à ce que m’a dit le professeur à l’école de parfum de Paris, Yohan Cervi : « Noël, ça ramène à un sentiment de confort, de sécurité, de chaleur. Il y a cette sensation de temps ralenti. Les intérieurs ne sont pas agressifs, ils sentent le bois, les résines, le papier, la cire des bougies… »
Comme ce bâton d’encens qui termine de se consumer sur la cheminée, ou bien le pot-pourri garni d’oranges séchées, d’étoiles d’anis et de bâtons de cannelle. « Ce sont des odeurs enveloppantes, qui nous ramènent à des moments partagés. Elles convoquent un état émotionnel assez particulier », observe le nez.
Ce sont pourtant des senteurs inertes, des éléments organiques séchés, momifiés, morts. Quoique, quelques irréductibles fleurs poussent en hiver. Dans le quartier de l’Écusson, à Montpellier, les fleuristes m’ont glissé quelques suggestions : les hellébores, surnommées « roses de Noël », les résistantes jacinthes et les délicates perce-neige. Le Père Noël n’a rien de tout ça. Trop occupé, il a laissé trôner sur la table un bouquet d’hortensias fanés, acheté au printemps. Il ne sent plus rien… et certainement pas Noël.
Au pied du vase, j’observe la poussière sur la table du salon, mais aussi sur le buffet sur lequel trône une corbeille de clémentines et autour de la jarre pleine de papillotes chocolat-caramel-praliné. Caroline Jauffret-Redon m’a expliqué que ces éléments n’étaient pas arrivés sur les tables de fêtes par hasard : « Au XIIIe siècle, les épices telles que la cardamome, la badiane, le clou de girofle, la muscade, la cannelle, mais aussi le chocolat, l’encens, le miel ou les agrumes arrivaient du Proche et Moyen-Orient au port de Lattes, et étaient ensuite acheminés dans toute l’Europe. À l’époque, ça a été un moyen de réchauffer nos intérieurs pendant l’hiver, de réchauffer nos plats aussi. L’alimentation d’hiver était fade avant cela. »
Du Languedoc au reste de la France, puis vers le reste du continent et jusqu’au pôle Nord, les odeurs de Noël sont arrivées dans nos vies pour nous donner un peu de baume au cœur. Et il y a dans ce cocon du Père Noël toute cette « dimension personnelle, la réminiscence de souvenirs d’enfance, dont nous parlait le sociologue de l’alimentation Eric Birlouez. Et puis il y a aussi cette dimension culturelle. La madeleine de Proust, les petits gâteaux épicés en Alsace… »
« Il y a des épices, des fruits, du sucre… » Il est temps de se diriger vers la cuisine. J’entends des lutins s’atteler à la tâche. Des bruits de couteau, de fouet, de vaisselle, passent par la porte entrouverte. Et surtout, une odeur qui résume Noël à elle toute seule. Ce n’est pas très épicé, quoiqu’on sente la vanille et un soupçon de cannelle. Il y a un alcool aussi, du rhum peut-être. Je m’approche et pénètre dans la pièce. Ça sent l’orange, le raisin sec et l’écorce de cédrat. Il y a quelque chose dans le four. Plus je m’approche, mieux je sens les œufs, le beurre et le sucre qui cristallise sur les bords du moule. Un lutin sort un torchon et ouvre la porte du four. Avec un autre de ses comparses, il saisit le plat duquel se dresse une imposante brioche.
Une brioche ? Non. Un panettone. C’était ça depuis le début ! Ça embaume toute la maison. L’odeur de Noël est cette pâtisserie qui assemble tous ces parfums caractéristiques pour créer LA senteur. Et le Père Noël est d’accord : « Pour moi, Noël c’est un mélange. Il y a des épices, des fruits, du sucre… » Un bon panettone gourmand, chaleureux et festif. L’odeur des fêtes.



