Dans le Biterrois, l'apiculteur Paul Galzin est confronté à des défis multiples pour maintenir sa production de miel bio : la canicule, la concurrence internationale et la mortalité des abeilles. Il fait partie des quelque 60 000 apiculteurs français qui gèrent près de deux millions de colonies d'abeilles. Installé dans l'Hérault depuis une douzaine d'années, il a débuté l'apiculture comme loisir avant d'en faire son activité principale, en parallèle d'autres occupations.
Les spécificités du miel bio
Paul Galzin produit un miel certifié bio, ce qui implique des contraintes précises. « Les ruches ne sont pas en plastique, elles sont uniquement en bois », explique-t-il. Il ajoute que le traitement des acariens, un problème aussi préoccupant que le frelon asiatique, nécessite des méthodes naturelles et deux fois plus de précautions qu'en agriculture conventionnelle. Le périmètre de butinage des abeilles est également crucial : « On estime qu'une abeille va jusqu'à 3 km autour de sa ruche, ce qui représente 2 700 hectares. Donc, même s'il y a une tolérance, il faut être vigilant sur les alentours de la ruche. »
Selon lui, « manger bio ne garantit pas que ce soit pur à 100 %, cela garantit qu'il y ait une concentration en polluants largement inférieure aux produits conventionnels ». Il souligne aussi l'importance de la traçabilité : « Sans même parler de certains miels de supermarché dilués dans du sirop de sucre, il est beaucoup plus difficile de savoir comment le miel a été produit s'il vient de plusieurs endroits dans le monde. » Depuis juin, les entreprises doivent indiquer les pays d'origine précis, et non plus la formule « originaire et non originaire de l'Union européenne ». Paul Galzin encourage à se fournir chez un producteur local « pour des considérations environnementales mais aussi pour soutenir le terroir face à la concurrence internationale ».
Une diversité de miels face aux aléas climatiques
« 90 % des éleveurs d'abeilles n'en font pas leur métier », note Paul Galzin. Pour être reconnu professionnel, il faut au moins 200 ruches. Ses ruches se déplacent selon les saisons entre Béziers et les Hauts-Cantons biterrois. La biodiversité locale lui permet de produire une grande variété de miels : « J'ai un miel de montagne cultivé sur l'Espinouse à 1 100 m d'altitude, un miel de forêt issu de la Salvetat-sur-Agout, ou encore des miels monofloraux comme celui de lavande. » Au total, il propose une petite dizaine de variétés, allant du châtaignier au multifloral de garrigue. Cet investissement est très chronophage : « L'hiver quand mes ruches sont en hibernation, je dois y être tout le temps. C'est un métier technique, difficile, loin de l'image pittoresque et poétique que l'on peut en avoir. »
La canicule aggrave encore les conditions de travail. « Il faut être sur site à 6 h pour espérer finir de s'occuper des abeilles en fin de matinée. Quand il fait 35 degrés dès 11 h et qu'on est vêtu de notre combinaison, en plein soleil, je vous laisse imaginer ce que ça peut donner », décrit l'apiculteur. Les abeilles souffrent aussi de la chaleur. Peindre le toit des ruches en blanc, installer des points d'eau à proximité sont des solutions, mais les pertes restent inévitables. En France, un apiculteur perd en moyenne 25 % de son cheptel chaque année. « Imaginez si un éleveur perdait un quart de son troupeau par an… Et quand l'été est si violent, nos pertes peuvent atteindre 40 % », avertit Paul Galzin.
L'impact du réchauffement et la conservation du miel
Ce que craint l'apiculteur, c'est l'illisibilité du climat. « Tout est perturbé. 2022 et 2023, c'était dur. Puis les deux étés qui ont suivi ont été corrects. Et le printemps 2026 s'est montré très fructueux grâce aux fortes pluies hivernales qui ont retardé les effets de la canicule. Mais la sécheresse actuelle est inédite. L'arrivée de la pluie devient urgente. » Sans pluie, les conséquences seront palpables dès cet hiver.
Concernant la conservation, Paul Galzin précise : « Si le miel a une teneur normale en eau, c'est-à-dire autour de 17 %, alors oui, il devient presque impérissable. Cela dit, il perd ses bienfaits et son caractère avec le temps. » Si le miel contient plus d'eau, il fermente et donne de l'hydromel. « Beaucoup de gens recherchent des miels bien spécifiques comme le monofloral de thym. Mais tous les miels sont vertueux, tant qu'ils sont jeunes. Mieux vaut un multifloral d'il y a un mois, qu'un miel de thym d'il y a trois ans. » En France, la production de miel, dont une petite partie est exportée, varie entre 10 000 et 30 000 tonnes par an, tandis que la consommation des Français atteint environ 40 000 tonnes chaque année. Le Rucher de Paloou, situé 19 rue Edouard Branly à Béziers, est joignable au 06 09 07 84 92.



