À Courry, dans le Gard, les châtaigniers subissent de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique. Pluviométrie imprévisible, nouvelles maladies cryptogamiques, insectes ravageurs, sols inadaptés et variétés inappropriées : les attaques se multiplient sur les collines calcaires du village. Face à cette situation, Raphaël Louys, secrétaire de l'association Castanea, agriculteur forestier, castanéiculteur et philosophe de formation, propose une lecture originale : celle des grands penseurs.
Une analyse philosophique face aux difficultés
Raphaël Louys, également spéléologue et guide à la grotte de la Cocalière, invite à partager sa réflexion, tel le penseur de Rodin sous un univers de pétioles. Il commence par évoquer les stoïciens : « Les stoïciens distinguent les choses qui dépendent de nous à celles qui ne dépendent pas de nous. Si l'on réfléchit comme eux, il ne faut pas s'attrister de la deuxième catégorie, car nous n'avons aucune possibilité de la changer. »
Selon lui, « à l'échelle individuelle, le climat fait partie de cette deuxième catégorie ». Cette distinction fondamentale guide sa vision de la crise actuelle.
De Schopenhauer à Nietzsche, la volonté de puissance
Le castanéiculteur poursuit son raisonnement : « Se pose alors la question d'être fataliste, voire pessimiste, comme l'était le philosophe Schopenhauer. Plus tard, Nietzsche a repris le concept de volonté de Schopenhauer et l'a combiné avec la puissance telle qu'entendue par Spinoza. » Ceci afin de proposer le concept de volonté de puissance.
« Il faut le voir telle le souhait de se battre pour une culture, un terroir et une tradition. Mais jusqu'à quel point cela est-il possible ? Jusqu'à quand les châtaigniers continueront-ils à produire ? », s'interroge-t-il.
Pragmatisme et résilience, l'héritage des empiristes
Il évoque ensuite les philosophes empiristes anglais du XVIIe siècle, qui prônent le « réalisme ». Pour lui, une certaine adaptation au dérèglement climatique est encore possible jusqu'à un certain point. « Nous devons faire preuve de résilience même si cela peut créer de l'anxiété chez les agriculteurs et la population en général », affirme-t-il.
Face à l'impossibilité de se projeter sans un climat stable, qui permettrait d'anticiper les récoltes et d'investir dans l'outil de production, il suggère de s'inspirer des philosophes épicuriens, qui vivaient un jour après l'autre autour de la locution latine : carpe diem. En d'autres termes, « ouvrons grand l'ombrelle dans l'attente hypothétique d'un mieux ».
Pour tout contact, l'association Castanea est joignable à castaneadecourry@gmail.com.



