Agroforesterie : du Var aux rosiers Meilland, des initiatives qui s'enracinent
Agroforesterie : initiatives varoises, de Fox-Amphoux à Meilland

De la petite exploitation familiale de Fox-Amphoux au groupe international de rosiers Meilland, l'agroforesterie s'implante dans le Var à travers une multitude d'initiatives. À « La terre de Pauline », Tony et Pauline Gos ont transformé leur héritage viticole en laboratoire d'agroécologie, tandis que Meilland, au Cannet-des-Maures, prévoit de planter 10 000 arbres en dix ans.

« La terre de Pauline » : un laboratoire d'agroforesterie à Fox-Amphoux

Quand Pauline Gos a hérité de ces quelques hectares de terres familiales à Fox-Amphoux, « elles avaient été cultivées, en vigne, depuis des décennies. Rien ne poussait plus sur cette terre, c'était la lune... » Avec son époux Tony, ils ont alors radicalement changé de vie. « J'étais auxiliaire de puériculture et aide-soignante, et Tony a travaillé 15 ans comme artisan dans le bâtiment. Cela ne nous correspondait plus, on a tout plaqué, et vendu notre logement, pour répondre à l'appel de la terre. On s'est retrouvés tous les deux sur cette valeur : on voulait changer un bout du monde, à notre échelle... »

« Humblement, sur du temps long », ils ont créé une exploitation très singulière reposant sur l'agroforesterie, l'agroécologie, l'hydrologie régénérative, l'agriculture syntropique. « Je me suis formé en autodidacte, tout le matériel est disponible en ligne. Et désormais on échange aussi avec Les Résilients, et on expérimente tous les jours ! »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une exploitation où la nature travaille pour les agriculteurs

Ici, une impressionnante variété de végétaux cohabite, densément. Dont la vigne, sur une parcelle, qui n'a pas été abandonnée « mais qui cohabite désormais avec des tas d'autres espèces, dans une belle symbiose ». Aucun intrant, ni même la moindre mécanisation. « Regardez comme la terre est riche et vivante, pourquoi faire passer un tracteur là-dedans ? » Des racines « mycorizées, fertiles et qui font remonter l'eau » jusqu'à la cime des arbres, « qui génèrent un micro-climat et tranquillisent la végétation quand la solarisation devient trop violente », la nature fait son œuvre. « C'est aussi ça, l'agroécologie, l'agroforesterie... Savoir faire travailler la nature toute seule, les pollinisateurs, les champignons, les insectes, les crapauds, les poules, les oies, les brebis... Ils travaillent tous pour nous ! »

Les agriculteurs ont aussi appris à cultiver leurs propres microorganismes, « à partir de plants qui poussent sur nos terres », ont développé leur propre pépinière, leurs propres semences fermières... « Le substrat biologique est fabriqué sur place, nos arbres poussent à partir des pépins... »

Des résultats mesurables et une reconnaissance croissante

Avec l'association « Des enfants et des arbres », « nous avons pu replanter 3,4 kilomètres de haies, des havres de biodiversité. Et travailler avec les enfants, ça donne une énergie folle ». Partout sur l'exploitation, « on a aussi régénéré le cycle de l'eau, et on dispose de l'eau de notre puits. Mais sauf exception, comme pour les toutes jeunes plantations, on n'a pas besoin d'arroser ».

La serre ? « On y entretient un microclimat. Lors des très fortes chaleurs, il peut y faire jusqu'à dix degrés de moins qu'à l'extérieur. Et en hiver, une nuit c'est tombée jusqu'à -12, et dans la serre on était encore à un degré. Les brebis y dorment, on y stocke du fumier de cheval, un bassin y prend place, tout cela réchauffe l'air. On peut aussi y brûler nos vieux ceps arrachés dans un poêle... » À tel point que des agrumes y poussent tranquillement, et que le couple prévoit de produire du gingembre et du curcuma. Les tontes de brebis y protègent les sols, « cela apporte de la fertilité, une diffusion lente azotée, protège de l'évapo-transpiration, et favorise la biodiversité : il y a beaucoup de vie là-dessous ! »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Inscrits dans le GIEE « Var de Terre », porté par AgribioVar, ils ont pu mesurer que « nos sols contiennent 11,5 % de matières organiques, alors qu'en viticulture conventionnelle, c'est autour de 1 %. » Si la fierté est grande, le couple ne ménage pas ses efforts, en travaillant « 60 à 80 heures par semaine... Heureusement qu'on a la passion ! Et on a aussi connu des échecs, c'est le lot des paysans. La nature sait parfois nous rappeler à quel point nous sommes insignifiants. On a aussi de belles réussites, heureusement, il faut lâcher prise, prendre conscience qu'on ne peut pas tout maîtriser... »

« Au début, on nous surnommait les poètes. Ce n'était pas vraiment affectueux : on se foutait de nous... Et au fil du temps, on a démontré que ça fonctionne, que l'on maîtrise notre sujet, et le regard a changé. Aujourd'hui, de très gros propriétaires terriens viennent me voir quand ils n'arrivent pas à régler un problème dans leurs champs, et c'est très gratifiant. Attention, je ne les juge pas, il ne faut surtout pas opposer les modèles agricoles entre eux, on a beaucoup de choses à apprendre les uns des autres. »

S'ils prennent « beaucoup de plaisir à entendre les retours positifs de nos clients, sur l'état sanitaire de nos produits, leurs saveurs, leur durée de conservation aussi », Sandrine et Tony ne s'en cachent pas : « La motivation première est bien d'essaimer le plus possible ces pratiques. Ce qui nous intéresse le plus, c'est la biodiversité ! »

Meilland : un géant des rosiers se tourne vers l'agroforesterie

Entreprise familiale rayonnant à l'international, Meilland crée des variétés de rosiers depuis son siège varois du Cannet des Maures. « Nous travaillons sur douze hectares, en pleine terre. Le climat ici est particulièrement dur, parmi les plus chauds et secs de France, en été. Et la culture des rosiers fatigue les sols », explique Guillaume Beaugey, sélectionneur. Les expérimentations fonctionnent « sur des grandes rotations de dix ans. Entre les cultures, on semait auparavant du blé dur, mais le sol se retrouvait à nu après récolte. Nous sommes depuis passés à un système de prairies pâturées par des moutons, qui enrichissent davantage le sol ».

Surtout, Meilland porte ici, sur ses terres du Cannet et du Luc, un ambitieux projet de transition vers l'agroforesterie. « Nous prévoyons de planter environ 10 000 arbres sur dix ans », indique Guillaume Beaugey. « Cela sera bénéfique à la vie des sols, les mycorizes seront favorables au rosier, il y aura davantage de matière organique et de carbone dans les sols. En surface, l'ombre rafraîchira les sols, ainsi que les travailleurs, et les arbres limiteront aussi l'impact desséchant du mistral, surtout en été. Et tout cela sera globalement bénéfique à la biodiversité ».

L'impact concernera également l'écoulement des eaux. « Lors des fortes pluies, le ruissellement des eaux peut emporter la terre. Les haies seront perpendiculaires à ce chemin connu de l'écoulement pluvial, ce qui en atténuera la puissance, et surtout participera à ce qu'elle soit mieux absorbée ». Conformément aux principes de l'agroforesterie, ces haies seront diversifiées, « depuis des arbres bas jusqu'aux grands arbres, comme des frênes, sans oublier les arbres fruitiers, qui jouent aussi un rôle social, les fruits sont très appréciés par les équipes ! », précise Guillaume Beaugey, fin connaisseur du sujet, puisqu'il figure lui aussi parmi les membres fondateurs des Résilients.