Le Parlement espagnol a rejeté ce mardi le pacte d'État pour l'urgence climatique proposé par le gouvernement de Pedro Sánchez. Le texte, qui visait à accélérer la transition écologique du pays, a été refusé par 176 voix contre (PP, Vox et les indépendantistes de Junts) et 174 voix pour (PSOE, Sumar, ERC, PNV, EH Bildu, BNG et Podemos).
Un rejet qui bloque la feuille de route climatique
Ce vote négatif intervient après plusieurs mois de négociations. Le pacte prévoyait notamment d'atteindre une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport à 1990, ainsi qu'un objectif de neutralité carbone en 2050. Il incluait aussi des mesures concrètes telles que la fin des ventes de voitures thermiques neuves en 2035, la rénovation thermique de 300 000 logements par an et la sortie progressive des énergies fossiles.
Le Parti populaire (PP), première formation d'opposition, a justifié son opposition en estimant que le pacte manquait de réalisme économique. « Ce n'est pas un pacte d'État, mais un catalogue de bonnes intentions sans financement ni étude d'impact », a déclaré la porte-parole du PP au Congrès, Cuca Gamarra. De son côté, Vox a dénoncé un « écologisme punitif » qui pénaliserait les classes moyennes et rurales.
La réaction du gouvernement et des partenaires
Pedro Sánchez a vivement réagi depuis le palais de la Moncloa : « La droite espagnole a choisi de tourner le dos à l'urgence climatique et à la majorité des Espagnols, qui sont favorables à une action ambitieuse. » Selon un sondage récent du Centre de recherches sociologiques (CIS), 78 % des Espagnols considèrent le changement climatique comme un problème très grave.
Les partenaires de la coalition, notamment Sumar et les partis indépendantistes, ont critiqué le rejet. La ministre de la Transition écologique, Teresa Ribera, a souligné que « sans ce pacte, l'Espagne risque de ne pas tenir ses engagements européens et internationaux, ce qui pourrait entraîner des sanctions financières ». En effet, le plan national intégré énergie-climat (PNIEC) actuel, soumis à Bruxelles, intégrait les objectifs du pacte.
Conséquences pour la politique climatique espagnole
Ce rejet fragilise la stratégie climatique de l'Espagne, qui avait pourtant été saluée par la Commission européenne. Le pays est déjà en retard sur plusieurs indicateurs : les émissions ont augmenté de 4 % en 2025 par rapport à 2024, en partie à cause de la reprise économique et de l'usage accru du charbon dans la production d'électricité.
Les analystes estiment que sans ce cadre législatif contraignant, les investissements dans les énergies renouvelables pourraient ralentir. L'Espagne dispose du potentiel solaire et éolien le plus élevé d'Europe, mais le déploiement de nouveaux parcs nécessite une stabilité réglementaire. Selon l'Association espagnole des énergies renouvelables (APPA), le secteur a besoin d'un signal clair pour maintenir le rythme d'installation de 8 GW par an.
La question climatique pourrait devenir un enjeu majeur des prochaines échéances électorales, notamment les élections régionales de 2027. Les partis écologistes, comme Sumar, comptent bien capitaliser sur ce rejet pour mobiliser l'électorat de gauche et les jeunes.



