Clemence Guette, autrice et chercheuse, défend dans un entretien accordé à Libération que l'amitié est un sujet « éminemment subversif et révolutionnaire ». Selon elle, cette relation, souvent reléguée au domaine privé, porte en réalité une charge politique capable de bousculer l'ordre établi.
Une amitié pensée comme un contre-pouvoir
Pour Clemence Guette, l'amitié n'est pas une simple affaire personnelle. Elle estime qu'elle permet de tisser des liens qui échappent aux logiques de domination, de hiérarchie et de rentabilité qui structurent la société. « L'amitié est un sujet éminemment subversif et révolutionnaire », affirme-t-elle, car elle repose sur l'égalité et la réciprocité, loin des rapports de force habituels.
Ce positionnement s'inscrit dans une réflexion plus large sur les alternatives aux modèles dominants. Guette y voit une manière de résister à l'individualisme et à la marchandisation des relations humaines. L'amitié, dans cette perspective, devient un espace d'expérimentation politique, où l'on apprend à vivre autrement, à décider ensemble et à prendre soin les uns des autres.
Une dimension politique et émancipatrice
L'autrice insiste sur le fait que l'amitié a été historiquement invisibilisée par la pensée dominante, qui privilégie les liens familiaux, conjugaux ou professionnels. Cette invisibilisation n'est pas anodine : elle participe à maintenir un ordre social fondé sur la propriété, la reproduction et la productivité. En réhabilitant l'amitié, Guette entend redonner une place centrale à des formes de solidarité non utilitaires.
Elle souligne également que l'amitié peut être un vecteur d'émancipation pour les personnes marginalisées, en leur offrant un soutien mutuel et une reconnaissance qui font souvent défaut ailleurs. Dans un monde marqué par la précarité et l'isolement, elle apparaît comme une ressource précieuse pour construire des vies dignes et autonomes.
Un appel à repenser nos liens
Clemence Guette appelle ainsi à repenser la place de l'amitié dans nos vies et dans nos luttes. Elle suggère que les mouvements sociaux et les collectifs pourraient s'en inspirer pour bâtir des organisations plus horizontales et plus durables. L'amitié, loin d'être un luxe, serait une condition de la transformation sociale.
Cet entretien, publié dans Libération, invite à une réflexion sur la manière dont nous concevons les relations humaines. Il interroge la valeur que nous accordons à l'amitié, souvent considérée comme secondaire par rapport à d'autres engagements. Pour Guette, il est temps de lui rendre justice et de reconnaître son potentiel révolutionnaire.
En définitive, l'amitié apparaît comme un levier pour repenser le politique, l'éthique et le lien social. En la plaçant au cœur de sa réflexion, Clemence Guette propose une grille de lecture originale pour aborder les défis contemporains, de l'isolement à la crise du sens. Une invitation à considérer l'amitié non comme un simple agrément, mais comme un acte de résistance.



