La Région Sud Provence-Alpes-Côte d'Azur supprime, à compter du 1er septembre 2026, le transport à la demande dans la communauté de communes Alpes d'Azur (CCAA) et deux lignes de bus nocturnes interurbaines. Cette décision, annoncée par le président de la Région Renaud Muselier, provoque une vive polémique avec Charles Ange Ginésy, président de la CCAA et du Département, qui dénonce un « désengagement » et une décision « qui creuse les fractures territoriales ».
Qui est concerné par ces suppressions ?
Les usagers des bus nocturnes 621 (Nice-Cannes via Saint-Laurent-du-Var, Cagnes-sur-Mer, Villeneuve-Loubet, Antibes et Vallauris-Golfe-Juan) et 661 (Grasse-Cannes via Mougins, Mouans-Sartoux et Le Cannet) sont directement touchés. Ces deux lignes proposent trois départs par jour les vendredis, samedis et veilles de jours fériés.
Les habitants de la communauté de communes Alpes d'Azur, dont le chef-lieu est Puget-Théniers, sont également concernés. Jusqu'à présent, les usagers de ces 34 villages mal desservis par les lignes régulières pouvaient réserver un minibus la veille pour 2,60 euros le trajet.
Pourquoi la Région supprime-t-elle ces services ?
Pour les bus nocturnes, la Région invoque une « fréquentation particulièrement faible », avec en moyenne 8 voyageurs par trajet entre Nice et Cannes et 6 entre Cannes et Grasse, selon Nice-Matin du 19 août. Elle met également en avant, dans un contexte budgétaire « tendu », l'existence d'alternatives sur ces deux axes, « notamment grâce à l'offre ferroviaire régionale ».
Quant au transport à la demande, Renaud Muselier avance, dans un courrier du 19 juin adressé à Charles Ange Ginésy, une question de « compétence ». Pour lui, ce serait à la CCAA de financer ce service depuis 2021, et non à la Région.
S'agit-il d'une décision politique ?
À un mois des sénatoriales, l'affaire prend inévitablement une tournure politique. En toile de fond, les relations particulièrement tendues entre Renaud Muselier, proche de Christian Estrosi, et son successeur à la mairie de Nice Éric Ciotti (UDR), proche de Charles Ange Ginésy.
« Je regrette l'agressivité de M. @RenaudMuselier qui est peut être une technique pour masquer et brouiller la réalité. Je demande simplement une concertation pour qu'une solution soit trouvée car les habitants de nos vallées le méritent », a écrit Charles Ange Ginésy sur X (ex-Twitter) le 21 août.
Éric Ciotti a également réagi : « Tout mon soutien à Charles Ange Ginésy, qui a raison sur le fond. Les habitants de nos vallées ont besoin de ce transport à la demande, et ils méritent mieux qu'un désengagement. Sur la forme, Renaud Muselier démontre une nouvelle fois sa vulgarité crasse ».
Qui a la compétence des transports ?
En rendant l'affaire publique via un communiqué de presse le 20 août, Charles Ange Ginésy dénonçait une décision « qui creuse les fractures territoriales » et réclamait à Renaud Muselier « d'assumer pleinement sa responsabilité ». Réponse de l'intéressé le lendemain : « Votre mauvaise foi est effrayante et votre mémoire défaillante. »
Renaud Muselier estimait alors que la CCAA avait la compétence des transports depuis 2021 (au titre de la Loi d'orientation des mobilités (LOM) de 2019), mais laissait la Région l'assumer. Et menaçait : « Dois-je vous rappeler que la CCAA perçoit des financements par la Région et par l'État au titre de sa compétence transports ? Et comme vous n'exercez pas cette compétence, nous saisirons les tribunaux compétents afin que votre communauté de communes rembourse les sommes indûment perçues. »
Depuis, les échanges se sont poursuivis sur les réseaux sociaux. « Je persiste et signe : c'est à la Région, qui a le pouvoir régalien du transport, d'assurer cette mission. Son désengagement intervient de façon péremptoire, sans recherche de solution », a tancé Charles Ange Ginésy. « Il n'y a pas de pouvoir régalien en matière de transport, ça n'existe pas, lui a encore répondu Renaud Muselier le 23 août. Ne vous défaussez plus, assumez et engagez-vous ! »
Qu'en pensent les usagers ?
En réponse à cette annulation, des usagers ont lancé une pétition intitulée « Non à la suppression des transports à la demande et bus nocturnes 621 et 661 ». Elle dépassait, ce lundi 24 août, les 250 signataires.
« Ces suppressions toucheront directement les travailleurs de nuit, les étudiants, les personnes âgées et toutes les personnes sans voiture, écrit Alex Olijnyk, l'initiateur de la pétition. Elles isoleront des quartiers déjà fragiles et risquent d'augmenter la précarité ainsi que l'inégalité d'accès aux soins et à l'emploi. »



