Ce lundi 14 septembre, Montpellier et l'Agglo du Pays de l'Or ont officialisé un accord historique pour prolonger le tramway jusqu'à l'aéroport Montpellier-Méditerranée. Ce projet, estimé à 70 millions d'euros, vise à mieux desservir la plateforme aéroportuaire et à renforcer son rôle régional. L'annonce a été faite à l'aéroport même, en présence des principaux élus, vingt ans après une guerre intercommunale qui avait longtemps opposé les deux territoires.
Un accord politique majeur après des années de tensions
Le président de l'aéroport, Emmanuel Brehmer, a scellé cet accord en soulignant que l'arrivée du tramway était « essentielle pour le développement de l'aéroport ». Le projet a été porté sur les fonts baptismaux par Michaël Delafosse, maire de Montpellier, qui avait promis durant sa campagne de faire sortir le tramway des limites de la Métropole. Il a fallu convaincre les élus de l'Agglo du Pays de l'Or et le nouveau maire de Mauguio, Pierre-Martin Chazot, commune où se trouve l'aéroport.
« C'est historique », ont déclaré les acteurs réunis ce lundi à l'aéroport. L'accord marque la fin de deux décennies de rivalités intercommunales et ouvre la voie à une coopération inédite dans l'Est de l'Hérault.
Un coût de 70 M€ et un tracé encore à définir
Michaël Delafosse a indiqué que le coût du projet serait de l'ordre de 70 millions d'euros, auquel le Pays de l'Or doit participer. Cependant, le tracé exact n'est pas encore arrêté. La ligne 1, qui devrait franchir l'autoroute A9 par un pont, ferait « largement gonfler la facture globale ». C'est pourquoi la ligne 3, qui relie le centre de Montpellier à la gare Saint-Roch, est privilégiée pour rejoindre l'aéroport.
Stéphan Rossignol, maire de La Grande-Motte et président de l'Agglo du Pays de l'Or, a promis des « délais raisonnables » et espère une inauguration « en fin de mandat », aux alentours de 2032. Mais les élus ont prévenu : « il y a de nombreux aléas dans un chantier de ce type ». Avant le premier tramway, il faudra attendre les conclusions de l'étude du Service express régional métropolitain (SERM), arrêter un tracé, boucler le financement, puis lancer une enquête publique, une étape « indispensable et loin d'être une simple formalité ».
Pas de tramway à la mer, un choix assumé
Les amateurs de bains de mer devront déchanter. Pierre-Martin Chazot a été clair : « Il n'y aura pas de tramway à la mer, en tout cas pas à Carnon ». Michaël Delafosse a justifié ce choix en expliquant que le projet d'aller à la mer « n'est pas soutenable financièrement », avec un coût évoqué de l'ordre de 170 millions d'euros. « Je suis respectueux des partenaires, des élus du Pays de l'Or », a-t-il ajouté.
Stéphan Rossignol a toutefois rappelé que le transfert depuis le terminus de Pérols avait permis à 160 000 passagers de rejoindre la Grande Bleue en navette cet été. L'effort sera reconduit, voire accentué, pour compenser l'absence de tramway vers le littoral.
Un projet pour faire de Montpellier l'aéroport de l'Est de l'Occitanie
Au-delà de la desserte, Emmanuel Brehmer espère faire de la plateforme « l'aéroport de l'Est de l'Occitanie », un véritable pendant à celui de Toulouse. Pour cela, il mise sur une recomposition du paysage aéroportuaire régional. Si Ryanair venait à arrêter ses activités à Nîmes et Béziers, Montpellier pourrait récupérer une partie de leurs passagers, avec un trafic qui pourrait passer de 1,8 à 2,2 millions de passagers. Cette croissance permettrait des économies d'échelle et renforcerait la compétitivité de Montpellier auprès des compagnies, notamment pour le deuxième avion de Transavia, aujourd'hui conditionné à l'évolution de la situation de Ryanair.
Michaël Delafosse partage cette ambition et défend une « rationalisation de l'offre » aéroportuaire. Il se pose en premier défenseur de l'aéroport, tout en regrettant le poids très faible de la Métropole dans sa gouvernance. Avec 0,5 % du capital, il affirme avoir sollicité cinq ministres des Transports et trois préfets depuis 2020 pour obtenir davantage de poids, « sans réponse » à ses courriers. Une bataille institutionnelle qui accompagne désormais une bataille d'échelle : faire de Montpellier une porte d'entrée aérienne majeure de l'Est de l'Occitanie.
Le SERM Montpellier-Méditerranée, projet de réseau de transport multimodal, prévoit notamment de renforcer l'offre ferroviaire, de créer cinq lignes de cars express, des lignes de bustram ou de transport en site propre et plus de 300 km d'itinéraires cyclables, à l'horizon 2034. Le Pays de l'Or figure parmi les collectivités partenaires. L'histoire est donc bien lancée, mais le tramway, lui, n'est pas encore arrivé à l'aéroport.



