Un constat alarmant sous le pont Foch
Vincent Sulmon, gérant de la navette fluviale L'Ecothau, connaît le pont Foch comme sa poche. Depuis huit ans, il propose des promenades et navettes entre Balaruc et Sète, passant six fois par semaine sous cette structure ferroviaire emblématique. Aujourd'hui, il tire la sonnette d'alarme : la rouille ronge le seul pont ferroviaire électrifié à bascule de France, situé à Sète, dans l'Hérault.
« Si on ne fait rien, on court à la catastrophe ! » s'exclame Vincent, qui ne se considère pas comme un spécialiste du lancement d'alerte, mais dont l'inquiétude grandit de jour en jour. Il y a trois ou quatre ans, toute la structure avait été vérifiée boulon par boulon et était impeccable. Depuis, plus rien. L'état se détériore de plus en plus et se généralise. « Je ne vais pas attendre qu'il y ait un accident ou des morts pour tirer la sonnette d'alarme ! » ajoute-t-il.
Des signes de dégradation visibles
Sur place, la rouille s'est propagée un peu partout sous la structure. De nombreux boulons qui soutiennent le pont sont attaqués, et certains ont même sauté. « Si des acteurs du public veulent constater l'état du pont, qu'ils viennent avec moi un mercredi ! Je les invite », lance Vincent, qui arrache avec trop d'aisance des morceaux d'acier rouillé. Les rivets soutenant la structure sont également attaqués, et à certains endroits, ils ont cédé.
Le pont Foch, long de 58,8 mètres et pesant 1 650 tonnes, est un ouvrage atypique de la seule ligne de chemin de fer reliant à l'Espagne. Il pivote sur une pile centrale et a été remplacé en 1932 par un pont à bascule, équipé de caténaires en 1935. Aujourd'hui, c'est le seul pont ferroviaire électrifié à bascule de France, actionné par un contrepoids impulsé par un moteur.
SNCF Réseau se veut rassurant
Interrogée, SNCF Réseau affirme qu'il n'y a pas d'alerte. Un projet de renouvellement est engagé pour le pont Foch, avec un nouvel ouvrage programmé à l'horizon 2034. Sa mise en service coïnciderait avec celle de la phase 1 de la Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan. En attendant, SNCF Réseau assure que le suivi de l'ouvrage est permanent : « C'est un vieil ouvrage qui fait l'objet d'une surveillance régulière et de travaux de maintenance sur les différentes parties. Il n'y a pas d'alerte pour nous. »
Des travaux récents ont été réalisés : rénovation du système d'ouverture et de fermeture en 2019, remplacement des systèmes d'embrayage en 2020 et 2021. Malgré ces interventions, Vincent Sulmon reste inquiet et invite les responsables à constater par eux-mêmes l'état du pont avant qu'il ne soit trop tard.



